J’ai utilisé un drap de couleur marine, de marque Tommy Hilfiger, pour couvrir la table de la salle à manger, à la campagne. Nous avons soupé à l’intérieur car il y avait trop de bibittes à l’extérieur. Pour représenter la portion blanche qui occupe le tiers central du drapeau français, j’ai plié un rideau de douche en tissu soyeux de couleur blanche, et j’en ai couvert le tiers central de la table, cachant de ce fait le marine de Tommy. Le rouge a été créé en juxtaposant trois napperons rouges dénichés dans un fond de tiroir que je ne savais pas faire partie de mon trousseau. Pour aller avec la nappe, Clovis et moi avons couvert une de mes toiles de trois pans de peinture bleue, blanche, rouge pour décorer un mur le temps d’un soir toujours dans la salle à manger. J’ai déjà l’idée de faire couler des filets d’eau sur les trois pans de couleur acrylique pour démarrer une œuvre nouvelle, quand j’en aurai le temps et l’envie.
Pour la tenue ç’a été facile : pantalon rouge qui appartenait à Emma quand elle était en 5e année, cami blanche et petit mouchoir bleu noué à une bretelle de la cami, il était trop petit pour être attaché autour de mon cou. Clovis portait un short marine de type maillot de bain qu’il trouvait trop court et ne couvrant pas suffisamment les cuisses, un pull de coton très léger qui m’appartient, à manches trois-quarts et blanc évidemment, qui lui donnait une allure androgyne, et encore plus androgyne était l’effet de la ceinture rouge en tissu élastique, large, avec attache féminine, portée à la taille sur le short. Le clou de la soirée ce fut la tantine, la fêtée, elle a 76 ans aujourd’hui le 16 juillet. Elle portait une belle robe sans manche de type Après le bain, en ratine rayée marine et blanc, et autour du cou mais de taille suffisante pour pouvoir être noué, un foulard rouge qui lui allait joliment. J’avais prévu un mini prix pour la tenue la plus réussie, c’est d’ailleurs tantine qui m’en a donné l’idée, c’était un prix narcissique au max, à savoir une barre de savon italien –mais de type Marseille pour rester en France– à 1,29$ de marque Linda.

Il manque le marine du drap Tommy mais on aperçoit bien la portion rideau de douche lustré et napperons juxtaposés.
Au centre de la table, trônant sur la partie blanche du drapeau, j’avais déposé un grand vase plein de cerises, de France. Au menu, j’avais fait moi-même la mayonnaise mais elle goûtait trop l’huile d’olives. J’avais fait la veille un pesto nous conduisant vers le sud de la France qui était extraordinaire, et toujours en lien avec le sud s’ajoutait un Tian, une espèce de ratatouille qui n’était pas assez cuite après deux heures passées au four mais qui était délicieuse réchauffée le lendemain, de telle sorte que c’est Clovis et moi qui en avons le plus profité quand on a mangé les restes. Comme pièce de la Résistance, j’ai servi un poulet entièrement recouvert d’une croûte fabriquée avec du gros sel et de la meringue, moyennant des dégâts considérables partout sur le comptoir à cause des éclaboussures. Un mélange de fruits au dessert couronnait le tout, bleuets bleus, fraises et framboises rouges, fraises coupées laissant voir les petites veinures à même la chair blanche pour représenter le blanc. J’avais le cœur encore pas mal de travers pendant les préparatifs, à cause du départ de chouchou et du sentiment littéralement soudé en moi à jamais à l’effet qu’il est cruellement souffrant d’être rejeté, d’être exclu, de n’être pas accepté, etc. Mais ces trois derniers participes passés ne s’appliquent pas tant à chouchou qu’à moi-même, dans mon imaginaire mental d’aujourd’hui, et dans ma vie d’enfant d’autrefois. Chouchou a d’ailleurs envoyé un courriel à ses parents depuis la Grèce et elle semble se porter au mieux. Le cœur ainsi de travers j’étais néanmoins heureuse d’être entourée de ma famille et de profiter d’eux, les vieux qui ne seront pas autour de nous éternellement. Chaque minute de leur présence et surtout de leur bonne humeur est un cadeau.
