Emma et moi roulons sur un chemin de terre et aurions dû arriver bien avant au Bureau de poste de McKellar. Je finis par m’arrêter à la première maison qui se présente pour m’informer. Cette maison m’inspire confiance : je porte une robe blanche et le gros véhicule devant la porte est d’un blanc rutilant. Un viel homme, mince, tout blanc lui aussi de barbe et de cheveux, droit comme un long clou d’autrefois, sort de son garage et se dirige vers moi. Je lui explique que je suis perdue, il m’indique que je dois simplement faire le contraire de ce que je viens de conduire, je le remercie, il me répond :
– Oh ! You are entirely welcome my dear.
Entirely, ici, dans la bouche du vieil homme à la voix chevrotante, est un mot qui me séduit. À Thrissa qui aura attendu plus d’une heure son persil, je dis que ça valait la peine de se perdre juste pour entendre cette tournure ancienne et poétique.
Emma et moi faisons les courses en préparation à son voyage pour la Grèce. Elle part demain. Nous sortons de la pharmacie avec un tas d’affaires et de produits de toilette dans un sac de plastique que l’on dépose sans plus de façon sur la banquette arrière de la voiture et en route pour la maison. J’arrive le lendemain du travail et le tas d’affaires a pris la forme d’un ensemble bien structuré : chaque article est bien aligné l’un à côté de l’autre sur le comptoir de la cuisine, et classé par thème : le shampooing et le revitalisant avec les barrettes, les élastiques et les pinces à cheveux; le savon pour le corps avec la crème hydratante pour le corps et le tube d’onguent pour peau sensible au visage; la pâte dentifrice avec la brosse à dent et la soie dentaire; les baumes à lèvres à saveur de cerise, avec indice UV, constituent un groupe indépendant. Un peu plus loin et hors catégorie pharmacie, mais toujours sur le comptoir, le lutrin bien rangé dans sa boîte, les partitions bien rangées dans un cartable, et une provision d’épingles à linge pour attacher les partitions au lutrin car l’orchestre va offrir des prestations dehors. Dans sa chambre, les vêtements sont classés en petites piles également thématiques sur son lit, et trois paires de chaussures sont alignées qui fouleront le sol hellénique.
Le soin qu’apporte Emma à ses préparatifs, ici, me séduit plus que tout. Je retiens les larmes qui ont envie de couler. Je les ai retenues dans la cuisine, observant la belle présentation d’Emma, je les retiens maintenant, écrivant. Je suis pas mal certaine que je ne pourrai les retenir demain, à l’aéroport. Bon voyage, mon bel amour, et, surtout, profite de tout.
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Badouziennes
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Une autrice illustrement inconnue !
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Je regarde ton carré de tricot et je me dis que tu es une véritable artiste. C’est magnifique!
Bon voyage à la belle Emma! Et ne retiens pas tes larmes demain…
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Quelle belle visite, LouisA, merci d’être là. Thrissa, à qui j’ai donc offert le carré, m’a dit qu’elle allait le conserver toute sa vie. Je suis en train de tricoter le 8e pour le moment. Bisous, Lynda.
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