Jour 1 951

Voici l’état du monde ce matin à mon réveil :
Aucune nouvelle de ma bouteille à la mer et du questionnaire que je voudrais soumettre à ma mère.
Dans deux jours, c’est le mariage de mon frère, Swiff. Il quitte ses États-Unis le temps d’un week-end pour venir se marier sur la terrasse, chez mon père, à St-Jean-de-Matha. Prenant la chose au sérieux, papa a fait refaire sa terrasse. Faisant refaire la terrasse, papa a reçu une poussière de bois dans un œil. L’œil s’est infecté, mais avec un bon onguent du pharmacien tout est rentré dans l’ordre. J’ai vu l’œil s’infecter car je suis arrivée, un jour récent chez papa, alors qu’il était en train de balayer les poussières et les débris pendant que son voisin, qui est ici l’homme qui refait la terrasse, s’activait à  refaire la terrasse, justement. Papa quitte son balai et nous partons prendre une bière dans sa cuisine, et le temps de la bière j’ai vu l’œil changer, grossir, couler et se mettre à rougir. Ce qui est intéressant, dans cette histoire, c’est le balai. Quand je suis arrivée, donc, papa balayait en parlant avec son voisin. Quand je suis partie, toutes les poussières et tous les débris avaient disparu, le voisin est équipé d’un souffleur ultra puissant qui fait disparaître les saletés en trois secondes. Donc, le voisin laissait papa balayer pour faire plaisir à papa et pour le plaisir, je pense aussi, d’être avec papa.
Il semblerait qu’il y a un nouveau courant aux États-Unis, une nouvelle tendance selon laquelle on se marie sans alliances, certains en achètent et ne les portent pas, certains, dont mon frère, n’en achètent pas. Donc, mariage sur la terrasse sans alliances.
– Et en gougounes, m’a dit Swiff au téléphone, il devrait faire très chaud.
Ça, c’est très américain, la tenue relax, l’allure décontracte. Je demande à mon frère si je peux quand même espérer porter une robe longue qui a des plumes. Il me dit :
– Bien sûr, on s’habille comme on veut.
Si j’ai le temps, car avec Clovis on est toujours très occupés et je serai avec Clovis, je vais m’inventer une tenue mais je vais laisser faire les plumes pour ne pas mourir de chaleur.
Si je me marie un jour, avec Clovis, mon plus grand plaisir, pour le reste de nos vies, serait de nous voir porter nos alliances, d’autant que Clovis a de très belles mains qui bougent élégamment au fil de ses récits. Or il parle tout le temps, cela fait beaucoup de récits, beaucoup de mouvements élégants.
Mon premier compagnon, Fabrice, parlait aussi beaucoup, mais différemment. Une fois, dans un restaurant, il m’a expliqué très consciencieusement comment fonctionnent les rentes viagères. Il trouvait ça important d’autant que nous étions jeunes à l’époque et avions bien du temps devant nous pour engranger. J’écoutais très attentivement, mais c’était difficile à comprendre. Quand Clovis me parle de sa belle voix, je ne comprends pas tout le temps non plus, mais ce n’est pas à cause de l’abstraction des chiffres, c’est parce qu’il a trop d’imagination.
L’état du monde, donc, il fait très beau, j’ai terminé mon café, j’ai mangé trois choux de Bruxelles pour déjeuner, je dois aller travailler.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 1 951

  1. Avatar de André Desrosiers André Desrosiers dit :

    Très très très léger,tout doux, comme la petite mousse de pissenlit qui flotte dans l’air, au début du mois de juin. Es-tu vraiment aussi légère ou c’est pour faire semblant? Je suis sur le portable d’André, ne confond pas, c’est moi.

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  2. Avatar de Badouz Badouz dit :

    C’est difficile, pour moi, transparente, de faire semblant …

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