Je fais remarquer à ma mère, comme si elle ne le savait pas, qu’elle a les cheveux bruns. Quand je l’ai vue, il y a plusieurs années, elle avait les cheveux teints en blond. À la recherche de quelque chose à répondre, elle finit par dire, en riant comme pour s’excuser que la phrase n’arrive pas plus vite :
– C’est plus facile d’entretien.
J’aime son rire de petite fille. Son corps n’a plus grand-chose à voir avec celui qui était le sien plus jeune, mais son rire est demeuré intact.
Ce matin, au travail, au lieu de rencontre ultime que constituent les toilettes, une collègue me dit que ça me va bien, mes cheveux courts, car je me suis fait couper les cheveux. Une autre arrive qui dit aussi que ça me va bien. Je cherche quelque chose à dire en me lavant les mains, mal à l’aise parce que je reçois deux compliments en ligne, et il finit par sortir de ma bouche :
– C’est facile à entretenir.
C’est ça l’histoire de ma vie, avec ma mère, je me sens trop comme elle.
Elle a trouvé Clovis bien à son goût. Elle le regardait et riait, toujours son rire de petite fille, en disant qu’il ressemblait à un médecin qu’elle connaît. Finalement, son rire immuable, inchangé, unique, transmet plus fidèlement l’essence de sa personne que ne le font ses paroles.
Ce que j’ai le plus aimé de cette aventure, c’est la manière dont a circulé l’information. Je m’explique. J’ai dit à ma sœur au téléphone que j’irais peut-être voir maman à l’hôpital. Si je n’ai pas dit Peut-être, j’y ai pensé. J’ai écrit sur Les productions Badouz que seuls lisent quelques rares initiés, que j’envisageais une visite à l’hôpital. Vendredi soir je me rends chez ma tante Alice, la sœur de maman, à laquelle je n’ai pourtant pas parlé. Elle m’annonce avoir annoncé ma visite à l’hôpital à maman ! Ça aussi, c’est immuable, du moins dans ma famille, ce miraculeux mode de transmission de l’information !
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