C’est incroyable à quel point je n’ai pas de cœur. J’imagine que ma mère, sur son lit de mort, me regarde de ses yeux mitraillettes comme elle l’a fait un quart de seconde à l’hôpital samedi dernier mais grâce à Clovis ce ne fut qu’un quart de seconde. Ma mère me regarde et me dit qu’elle me déteste puis, coup de théâtre, elle exhale son dernier souffle. Elle m’annonce, mieux vaut tard que jamais, qu’elle ne m’a jamais aimée puis sa tête se tourne sur l’oreiller et c’en est fini de sa vie. Je pensais à ce scénario tout à l’heure en lavant la vaisselle. Je me suis dit que si elle terminait sa vie en me faisant don de ces quelques paroles, de cette grande révélation, j’aurais un sujet de roman tout trouvé. Je deviendrais une deuxième Marie Cardinal. Je pourrais espérer être une auteure connue, un jour. Mais assez rapidement mes élans ont été freinés : Marie était la compagne de Jean-Pierre Ronfard, homme de culture, homme du milieu de lettres, homme connu des éditeurs. Ça aide.
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Badouziennes
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Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
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