Jour 1 955

Ce n’est pas la première fois que je fais ce rêve : je découvre que j’ai un deuxième enfant et qu’il est déjà avancé dans la vie. Il n’est pas naissant. Comme si je me faisais rattraper par une vérité cachée, par un événement du passé. Cette semaine, l’enfant était un adolescent. La particularité de ce deuxième enfant est qu’il est très laid, déformé, handicapé. Voyant ses traits et son physique qui font presque peur, je m’empresse de vérifier qu’Emma n’est pas affligée des mêmes problèmes. Je constate que non, soulagée. La belle Emma que j’aime est normale.
Il avait été question, avec ma psy, il y a déjà un certain temps, que le deuxième enfant c’était moi. S’il était laid, c’était pour le différencier d’Emma qui est belle. S’il avait les cheveux brun foncé, c’était pour le différencier d’Emma la blonde. S’il était laid, c’était aussi pour tracer une frontière très nette entre Emma, que j’évalue à la hausse, la plus belle des belles, et moi que j’ai longtemps évaluée à la baisse, la plus poche des poches. Une autre manière de dire la chose : Emma, l’enfant désirée et toujours aimée, Lynda, l’enfant négligée.
Dans le rêve qui nous avait intéressées, la psy et moi, l’enfant laid avait une grosse tête. Or, je me reconnais facilement à ce signe distinctif parce que j’ai effectivement une grosse tête dans la réalité. Parce que j’ai tout retenu dans ma tête en m’exprimant si peu, étant jeune, et pour accumuler tout ce contenu de non-dit, il faut disposer d’un espace de rangement assez grand. J’ai tendance à penser aussi, mais la psy ne l’a jamais dit, et je sais que ça fait prétentieux, que je suis intelligente, que je décode beaucoup de choses qui elles aussi prennent de la place dans les casiers neuronaux.
En tout cas, cette semaine, le deuxième enfant avait un oignon à la place du visage, presque noir, tout rongé par la vermine. S’il s’agit toujours de moi, comment ça se fait que je me perçois aussi laide, aussi maganée, ainsi grugée ? Admettons que cet état de putréfaction constitue une valeur archétypale chez moi, je suis peut-être en train de l’évacuer à force de la laisser se manifester en rêve, lui donnant de l’espace alors qu’elle étouffait étant enfouie ? J’essaie de trouver une interprétation positive parce qu’il me semble qu’à mon âge je devrais commencer à me délester des évaluations négatives que j’ai longtemps faites de ma personne, surtout que je m’évalue plutôt positivement depuis maintenant un bon bout de temps. Cela me fait penser à mon premier compagnon, auquel j’ai rêvé des centaines de fois et qui représentait systématiquement l’amour, la stabilité, le réconfort, le bien-être, la nourriture affective essentielle. Et bien cette semaine je l’ai vu dans mon rêve portant des pantalons tout sales, pleins de boue à la hauteur des cuisses, curieusement, et non des mollets, et il avait de la difficulté à marcher ! Une autre affaire !
Les paragraphes précédents m’amènent sur la pente d’un film assez récent, avec Fabrice Luchini dans le rôle du personnage principal, à savoir un prof d’université désabusé qui, en manière d’exprimer qu’il va mal et parmi d’autres choses, drague une jeune étudiante. Je me rappelle du message qu’il lui laisse, à l’étudiante, et que je n’ai pas compris sur le coup à cause de l’argot : je te kiffe trop grave. Le prof fait une crise de panique je ne me rappelle plus dans quel contexte. Quelqu’un lui demande s’il n’y a pas un événement nouveau qui s’est produit dans sa vie et qui pourrait expliquer cet état. Luchini répond, lui-même sonné par les mots qu’il prononce :
– Ma mère est décédée la semaine dernière.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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