Quand j’étais petite, je m’endormais difficilement. À peine étendue dans mon lit simple, je sentais pendre au-dessus de moi un bloc de béton énorme retenu par seulement des ficelles. Je pouvais le visualiser, de couleur gris foncé, menaçant, de texture râpeuse. À tout moment, au moindre souffle, le gros bloc aurait pu m’écraser. Je restais éveillée pour le surveiller. Mon enfance ne fut pas légère, au contraire d’hier qui fut léger, quoiqu’une journée sans contrariété, sans poids, une journée de plume, ça n’existe peut-être pas. En tout cas, quand je suis arrivée à la maison, j’ai constaté que je n’avais plus d’eau chaude. Du coup, je reviens à la case zéro, je me sens pauvre avant même que de téléphoner au plombier. D’ailleurs, est-ce un cas de plomberie. Encore une question. Je vais m’informer auprès de mes collègues tout à l’heure. Travail d’équipe. J’adore ça.
Je ne m’exprimais pas beaucoup, non plus, quand j’étais petite. Je veux dire m’exprimer avec des mots. Ce doit être pour ça que je me reprends aujourd’hui avec le projet de la décade du siècle et la nouvelle rubrique hors décade. Personne n’a su que j’étais terrifiée par la menace suspendue au-dessus de mon lit. Personne n’a su que j’avais peur de Georgette Sansfaçon, qui m’enseignait en cinquième année. Personne n’a su, idem, que j’avais tout le temps mal au ventre. Mais comme l’humain est un être plein de ressources, je me suis découvert une manière de m’apaiser que je pratiquais tous les soirs. Je me caressais les rotules tout doucement, du bout des doigts. À cause de cette pratique quotidienne, je n’avais pas envie d’aller dormir chez mon amie Francine qui m’invitait des fois de temps en temps. C’est quand même impressionnant, quand j’y pense aujourd’hui. Je me disais, à cinq six ans, quand elle m’invitait, et si ma mère acceptait :
– Oh ! non, je ne pourrai pas m’endormir !
Je n’aurais pas osé visiter mes rotules devant mon amie, nous dormions chez elle dans le même lit.
Heureusement, chouchounette n’a pas vécu ça. C’est tout ce qui compte, dans le fond. Quand elle était petite, je couchais Emma en lui chuchotant à l’oreille de ne pas oublier qu’elle était une chouchou. Dix minutes plus tard, j’allais constater qu’elle dormait, poings fermés, point final. Niveau de complication absolument nul.
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Badouziennes
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