Hier soir nous avons réécouté Jane Eyre, Thrissa et moi, cette fois avec des sous-titres en anglais, j’ai un peu mieux compris. Pour être certaine que je comprenne encore mieux, Thrissa interrompait le visionnement à certains moments et m’expliquait des choses. Ainsi, quand Jane quitte la propriété grandiose de M. Rochester pour s’en aller elle ne sait pas encore où, seule importe à ce moment-là la nécessité de s’enfuir tellement elle souffre et tellement elle est bouleversée, Thrissa me dit que Jane est en train de s’enfuir. Jusque-là, quand même, j’avais compris. On voit la pauvre jeune fille qui traverse des paysages grandioses, déserts, arides, sous une lumière de plus en plus déclinante jusqu’à tard, peut-on penser, dans la nuit. La température changeante ne vient en rien aider la protagoniste puisqu’un vent de plus en plus violent se lève et amène une forte pluie qu’on imagine glacée. Essoufflée, transie, épuisée, Jane finit par s’écraser sur un rocher en chien de fusil, perdue sous sa pèlerine de laine, les tresses à moitié défaites et dégoulinantes, puis elle s’assied et, immobile, observe l’horizon. Thrissa s’empresse alors de prendre la télécommande pour créer un arrêt sur l’image et me dit d’un air grave, comme si elle me dévoilait la clef d’une énigme :
– Jane est assise et attend une idée.
On comprend bien sûr que Jane, assise, se demande avant de se relever où est-ce qu’elle pourrait bien aller et, même, s’il existe un endroit où elle pourrait se réfugier avant de mourir de froid et de faiblesse.
Tout ça pour arriver au fait que j’ai aimé dans la bouche de mon amie l’expression Elle attend une idée.
Faisant mienne cette jolie figure de style, je pourrais dire aussi que j’attends une idée. Je suis au plus récent carrefour de ma voie sur terre, un carrefour qui vient de se créer comme il s’en crée tout le temps au terme d’intervalles de vie plus ou moins longs, et je me demande de quel bord je dois aller. Mais soudain, écrivant ces lignes, il me vient une inspiration qui fera plaisir à mon ami Vika, s’il me lit : je pourrais tourner du côté qui mène chez Célina. Mais c’est payant, chez Célina, alors, pour ne pas ternir inutilement ma réputation de pingre, de chiche et d’économe, je vais prendre quelques jours pour y penser.
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