Jour 1 968

Je me fais penser à la même Lynda qu’il y a un an quand j’ai commencé le projet des 2 200 jours. Le fait d’avoir été en vacances pendant onze jours et de reprendre aujourd’hui la routine m’incite à effectuer une brève rétrospective de l’année écoulée.
D’une main, la Lynda de toujours tenait ce matin en s’en venant travailler un panier d’osier impeccable, il ne manque qu’une poignée, trouvé dans les poubelles. Je vais y mettre les pelotes de laine et les aiguilles que nous commençons à accumuler à la maison et qui traînent dans le salon, où nous tricotons. Je dois donc ramener ce soir ledit panier. Comme on distribuait gratuitement La Presse, à la station de métro, j’en ai pris un exemplaire que j’ai foutu dans le panier. De l’autre main, ce matin, parce qu’il pleuvait beaucoup, je tenais un parapluie que j’ai récupéré il y a quelque temps aux objets perdus de la Régie de mon pavillon, transporté depuis à la maison, retour aujourd’hui au pavillon, mais je n’irai pas le reporter à la Régie.
Aux pieds, j’avais mes bottes de caoutchouc Hush Puppies stylisées –imitation modèle d’équitation– payées cher mais qui se sont décousues au premier jour, ou presque, que je les ai portées. Je ne mets donc plus de chaussettes quand je les enfile, pour ne mouiller que mes pieds et ne pas m’imposer l’inconfort du coton ou autre fibre mouillée, lente à sécher. J’envisage les montrer au cordonnier de mon quartier, mais son commerce a passé au feu le mois dernier. J’ai été surprise, néanmoins, en marchant dans les flaques ce matin, et je ne sais pas comment ça se fait, mes pieds nus sont restés au sec dans les belles bottes !
Je porte également un pantalon blanc qui commence à avoir de l’âge, acheté en Ontario avec Thrissa. Je le porte pour faire honneur à Thrissa, justement, qui est à Montréal en ce moment. Elle a dormi dans le lit de chouchou, et la grande chouchou –ses pieds se rendent jusqu’au bout du matelas de grand format–  a dormi dans le lit de maman. Maman s’est trouvée coincée entre chatonne qui ronronnait et Emma qui ne gigotait pas, trop épuisée, vivement la fin de l’année.
Cela dit, il y a certes des choses qui ont changé depuis un an. La journée d’hier m’en a donné confirmation. Marchant avec Thrissa dans le quartier chinois, nous avons passé plus de temps qu’autrefois à nous reposer, assises pour boire, manger, et boire à nouveau. Nous avons cherché l’ombre sur les trottoirs plus qu’auparavant. Nos conversations ont été truffées d’interruptions parce que le mot qu’on voulait prononcer, en anglais ou en français, ne se présentait pas, le petit maudit, aux neurones de nos cerveaux respectifs.
– On vieillit, a conclu Thrissa.
– Quel treillis ?, a demandé Lynda.
– On vieillit !, a répété Thrissa, un brin excédée et en parlant plus fort.
Une autre chose s’est produite entre il y a un an et maintenant : l’éditeur m’a téléphoné mercredi dernier, pendant que j’étais absente en vacances. Il n’a pas laissé de message –un éditeur intéressé dirait : Mme Longpré, merci de retourner mon appel–, alors je ne pense pas le rappeler.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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