Mon bassin très très étroit de lecteurs ne comprend pas toujours où je veux en venir. Je comprends ce bassin car je sais que je suis difficile à suivre. Il m’arrive de verser dans la métaphore et d’être la seule à goûter la teneur de ma métaphore. Je donne un exemple. Quand j’écris que la voie est lisse, que je ne m’accroche nulle part pendant la courte période de ma vie que j’ai consacrée à François, j’écris qu’il suffit de savoir quelle est ma place pour que ça se mette à marcher tout seul. J’écris qu’il me suffit de savoir que je fais un grand bien à un être de notre grande famille terrestre, en l’occurrence François, pour me sentir heureuse. J’écris que me sachant utile et importante pour quelqu’un, j’ai le sentiment d’accomplir mon destin et je ne me pose aucune question, je marche sur la voie lisse, je ne regarde ni à gauche ni à droite au carrefour, tout coule de source sur ma route.
Il y a bien des embûches et des surprises qui se présentent, par exemple : je ne m’attendais pas pantoute à ce que François meure, j’étais convaincue qu’il allait guérir après son traitement de radiothérapie. Je trouvais que c’était moins gagnant, tout d’un coup, d’apprendre qu’il devait suivre un deuxième traitement. Et je devinais, à l’air du personnel infirmier à l’HGJ, que le pronostic de guérison n’était pas terrible. Mais toute cette détérioration se fait progressivement et quand on a les deux pieds dans l’événement, on est tellement dedans, tellement proche, qu’on ne voit pas grand-chose, finalement. Toujours est-il que François est décédé et que, bien que toujours présent dans mon être, il n’est plus présent sur terre.
Or, quelqu’un s’est présenté sur ma route qui pourrait me permettre de trouver à nouveau que la voie est lisse, qu’elle se parcourt toute seule, que le tracé se dessine au fur et à mesure devant moi sans que j’aie à me poser la moindre question. Quelqu’un s’est présenté qui pourrait être heureux de recevoir mon amour, et je serais heureuse de pouvoir le lui donner. Voilà exactement la métaphore qui se cachait derrière les mots relatifs au décès de François et à mon accompagnement qui n’a pas du tout constitué une épreuve.
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