Jour 1 978

Emma et moi écoutons la chanson Sacrifice d’Elton John dans la Vibe. C’est Emma qui m’a donné le CD pour mon anniversaire. Nous distinguons assez mal les mots à cause du bruit de la route, de la qualité du système de son, de l’accent d’Elton, de notre maîtrise très moyenne de l’anglais. Nous la réécoutons. Et encore une fois. Puis je demande à Emma :
– Qu’est-ce que tu comprends ?
– Que le gars ne trouve pas ça difficile de quitter la personne avec laquelle il n’a vécu qu’une aventure d’un soir. Et toi ?
– Que le gars trouve inconcevable de ne pas vivre avec la personne qu’il aime. Il a tout quitté pour être avec cette personne et cela ne le dérange même pas, il n’arrête pas de répéter It’s no sacrifice.
Nous arrivons chez Clovis et Emma cherche les paroles sur Internet. Elle les transcrit pour que nous les relisions tranquillement quand nous en aurons le temps.
J’ai le temps ce soir, je suis seule à la maison, Emma est aux scouts. Je ne comprends pas trop, une fois de plus, la teneur de l’ensemble du texte, peut-être à cause des tournures poétiques, mais j’ai tendance à penser qu’Emma était plus près de la bonne réponse que moi quand je lis ceci :
Some things look better baby
Just passing through
En fin de compte, j’étais une fois de plus en plein exercice de subjectivité des consciences. Comme je n’attrape que des bribes, je construis l’histoire en projetant mes propres désirs. Comme elle est meilleure que moi en anglais, Emma attrape suffisamment de bribes pour reconstituer l’histoire assez fidèlement.
Cela me fait penser à un film que j’ai écouté chez un ami, à Lausanne, à la télévision, sans le son. J’étais habitée par la colère et par la rage, c’était à une époque de ma vie où j’allais très mal. Je suivais les personnages et j’étais convaincue qu’ils s’engueulaient et se détestaient. Quand le son est apparu, j’ai découvert que c’était une histoire d’amour tellement grand entre le frère et la soeur que la soeur tombe enceinte de son frère. Et c’est seulement quand le son est arrivé et que j’ai pu décoder en gros ce qui c’était passé, que je me suis rendu compte qu’à aucun moment les visages des personnages n’avaient été déformés par la haine.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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1 Response to Jour 1 978

  1. Tu es une « visuelle », chère Lynda, pour que le son t’apparaisse…
    J’ai le souvenir d’avoir vécu la même expérience, il y a longtemps, plus d’une fois… c’est un peu déstabilisant, non?

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