Jour 1 979

La semaine prochaine je vais essayer très fort de ne plus aborder le thème des autos. De toute façon, j’aurai reçu le résultat de mes impôts car je rencontre le comptable demain samedi. Catastrophée par l’urgence de régler ma situation auprès du papa d’Emma, je vais avoir matière à occuper mon esprit avec autre chose que ma nouvelle marotte. Quoique, si le malheur est grand –le comptable n’a pas voulu me donner le montant que j’ai à payer, un chiffre pareil ne se transmet pas au téléphone, m’a-t-il dit, presque en bafouillant–, je voudrai peut-être recourir à la diversion des autos pour m’alléger et me changer les idées…
Quoiqu’il en soit, pendant que je tricotais chez lui le week-end dernier, Clovis m’a appris, en lisant à voix haute un article sur la SuperSonique, qu’elle est la seule petite voiture construite en Amérique du Nord, plus précisément au Michigan. Cet aspect du dossier me rend solidaire cette fois non pas de M. Samuel, mais de la sainte états-unienne qui a déjà fait l’objet d’un texte sur les productions Badouz. Sauf que le Michigan est au nord, et que la sainte états-unienne habite l’état de la Floride, au sud. Un problème majeur dans la vie de la sainte, c’est que son mari a perdu son emploi. Ils ont quatre enfants et son salaire à elle ne doit même pas combler le tiers de leurs dépenses. Malheureusement, quand je l’ai vu à la télévision, l’époux semblait si mal en point que je ne pense pas qu’il pourrait travailler sur une chaîne de montage de voitures, en supposant que la chaîne aurait été installée dans son état au sud. Mon achat de la SuperSonique devient donc, dans ce contexte, un geste purement symbolique, mais c’est mieux que rien.
Le frère de François me suggérait hier d’aller consulter le dernier Year Book, ces espèces de gros catalogues sur les automobiles, à la BANQ, pour mettre à l’épreuve, une fois de plus et une fois pour toutes, les raisons ténues et basées sur le relationnel que j’ai jusqu’ici évoquées qui me mènent à ce choix définitif.
– C’est juste à côté, en deux minutes tu y es. Tu dois certainement être abonnée, une érudite comme toi ?
Évidemment je ne suis pas abonnée parce que je ne sors jamais et que je suis trop paresseuse pour aller fouiner à la bibliothèque, debout le temps de chercher et de trouver les bouquins, mon manteau sur le dos en ayant trop chaud.
– Je ne suis plus capable de penser aux autos, lui ai-je répondu, ne sachant pas que j’allais écrire encore deux textes là-dessus, hier soir à la maison et en ce moment au travail.
Le frère de François a interprété cette réponse au premier degré et a changé de sujet.
– Es-tu au courant Lynda si François a rencontré un homme qui s’appelait Alfred, ou peut-être Albert, quand vous alliez à ses traitements de radiothérapie ?
– Tu veux dire Arthur ?
– Arthur ! Exact ! Quel type extraordinaire ! L’avez-vous connu ?
Je ne sais pas pourquoi mais je me suis sentie nerveuse et inquiète. Au lieu de répondre, j’ai tendu le sac ordinaire que j’avais déposé à mes pieds et dans lequel je n’arrêtais pas de m’accrocher. Le frère de François s’est mis le nez dedans et cela m’a sauvée.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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