Jour 1984

La vie, la joie, l’amour, l’enthousiasme me sortent par les oreilles. Est-ce parce que le choix d’une voiture est derrière moi ? Pourtant, d’autres problèmes sont peut-être devant : me plaira-t-elle, vais-je m’adapter à la conduite manuelle, sera-t-elle bien assemblée ou vais-je tomber sur un citron ? Comme c’est un modèle nouveau sur le marché, vais-je traverser plusieurs rappels du véhicule pour des affaires mal conçues, mal installées ? Me coûtera-t-elle plus cher que prévu en essence ?

Par moments, j’exulte de bonheur. Est-ce parce que je vais mourir bientôt et que je vis intensément, sans le savoir, les derniers mois de ma vie ? Je n’arrête pas de rire et de faire des blagues. Oscarine me dit :
– Toi, Lynda, tu as du plaisir à rien.
Et justement, nous étions au restaurant ce soir, chinois, et dans le biscuit, à la fin du repas, il était écrit «Vous aurez du plaisir.»
– J’en ai déjà, ai-je dit à Oscarine.

Ce matin au travail, M. Samuel m’appelle et m’annonce qu’il a trouvé dans la région de Montréal une SuperSonique blanche manuelle que je pourrai conduire sous peu. Encore une fois je lui dis des niaiseries. Je lui demande si la voiture sera transportée par camion ou conduite par quelqu’un pour se rendre jusqu’à lui. Il me dit :
– Conduite par quelqu’un.
Je lui dis :
– Donc, le kilométrage sera déjà entamé et n’aura pas été entamé par moi.
Il me dit :
– C’est bien cela.
M. Samuel, je l’ai remarqué dès notre première rencontre il y a deux ans, ne dit jamais «ça», mais toujours «cela», en deux syllabes bien séparées.
Je lui dis :
– À ce moment-là, j’imagine que vous allez ajuster le prix à la baisse.
Il me dit :
– Non.
Il continue de me donner quelques renseignements techniques.
– Si la dame du crédit vous propose d’acheter des assurances, des garanties, ne vous décidez pas sans d’abord m’en parler. Etc.

Une lectrice des productions Badouz m’écrit pour me féliciter de mon choix. Elle voulait acheter ce modèle d’auto dont les phares à l’avant lui plaisent particulièrement, il paraît qu’ils donnent à la voiture une allure rigolote. Elle est allée, m’écrit-elle, vers un modèle un peu moins cher. Ça, c’est bien moi : je n’ai pas du tout remarqué les phares et je ne sais toujours pas quel est le prix de ma voiture !

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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