Jour 1995

Encore une question qui me taraude : est-ce que ça se pourrait que je n’aie pas de succès commercial parce que je suis trop centrée sur moi, à l’écoute de seulement ma petite voix, pas de place pour les voix des autres ? Si j’étais un peu plus ouverte sur le monde littéraire qui m’entoure, imprégnée des textes de jeunes et de moins jeunes, est-ce que je ne sortirais pas de mon anonymat ?

Le formateur du centre-ville m’a demandé la semaine dernière sur quoi portait mon blogue et j’ai répondu avec le ton neutre de la personne qui se veut au-dessus de ses affaires :
– Ah, ce sont des chroniques sur la vie.
– Vous devez connaître unetelle à ce moment-là, m’a-t-il répondu. Elle écrit aussi des chroniques sur la vie, je la lis tous les matins dans l’autobus en venant travailler.

J’ai répondu, en mentant, que je la connaissais et je me suis dépêchée de trouver d’elle un article que j’ai lu dans le grand inconfort de la jalousie. Je suis tombée sur un texte qui relate un événement presque anodin. L’auteure, discrète, se fait observateure. Or, dans les dernières lignes, elle y va d’une interprétation de l’événement qui s’inspire du détachement –sans lequel je serais morte depuis longtemps–, et qui se termine textuellement ainsi :
– … mieux vaut rester au bas de l’échelle … !
Cette auteure est mon amie et je ne le savais même pas !

Au bas de l’échelle, sur mon blogue peu visité, j’écris touffu ou pas touffu, je me bombarde de questions, je réponds, je cherche, je ne trouve pas, je recommence. Je suis libre et indépendante. J’espère arrêter un jour d’en découdre avec la notoriété, les best-sellers et les succès commerciaux car ils ne sont pas pour moi.

Mais alors, pourquoi tout ça ? Pourquoi ces pages, ces lignes, ces heures assise à regarder mon écran ? Seulement pour mon plaisir et pour mon équilibre ? C’est déjà énorme. Ma collègue Monia court cinq kilomètres par jour pour obtenir le même résultat. Ludwika se défonce sur son violon. Oscarine se donne corps et âme à sa famille, la sienne propre et l’autre recomposée, sans presque jamais de répit. Et moi, peinarde, assise tranquille sans forcer sur quoi que ce soit, je me laisse guider par ma petite voix. Au fait, avec tout ça, je n’ai pas répondu à la question initiale en ouverture de ce texte : suis-je trop centrée sur moi ?

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 1995

  1. Avatar de Renée Tremblay Renée Tremblay dit :

    C’est qui, l’Autre ?
    J’imagine que très peu en vivent, et parmi eux, un grand nombre vivotent. Tu t’imagines, encore plus pauvre que tu ne l’es déjà ?

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  2. Avatar de Marielle Marielle dit :

    Ce qui fait ta richesse, Lynda, c’est que tu es une PERLE RARE! Ça pourrait expliquer pourquoi trop peu de gens t’ont trouvée, sans doute.
    Mais moi, je te recommande à tous, aussi chaleureusement que tu écris!

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