Le week-end dernier il s’est produit quelque chose qui m’a beaucoup plu. C’est la deuxième fois que j’utilise cette expression, quelque chose qui m’a beaucoup plu. La première fois, c’était à propos d’un homme qui s’était assis très près de mon tympan gauche, dans le métro. Il parlait en anglais et avait dit à son ami qu’il avait l’air fifi avec ses cheveux longs. Cette fois-ci, c’était après le concert Rossini de l’Atelier lyrique, atelier dont fait partie mon beau-fils de mon ancienne vie de belle-mère –j’ai presque des scrupules à utiliser le possessif mon–, c’est-à-dire le fils de Jacques-Yvan et le demi-frère d’Emma. Nous sommes allés une petite délégation de ma famille l’entendre chanter samedi dernier au Monument national. Après sa prestation, nous avons pris le temps de le saluer, le féliciter, l’embrasser et le cajoler. Je lui ai dit qu’il était très beau et il m’a dit merci.
Avant de pouvoir lui parler, il a fallu attendre, et attendant j’ai remarqué que la meilleure amie de la mère de ce fils dont je fus la belle-mère était là. Je suis allée prendre de ses nouvelles. Cette femme est chef d’entreprise. Il est bon avant de poursuivre de mentionner que nous avons fait appel à ses services dans le passé de ma vie en famille recomposée. Cette femme a vécu des choses importantes ces derniers mois et elle m’en a fait part assez longuement jusqu’à ce que, me regardant, elle me dise :
– Je reconnais votre visage mais je n’arrive pas à vous replacer.
Elle devait entendre parler de moi d’une manière pas très positive, quand j’étais belle-mère. Je comprends cela. Les rares échanges que nous avons eus au téléphone étaient à propos des factures qu’elle avait acheminées à Jacques-Yvan et qui demeuraient impayées. Au bout d’un moment, elle finissait par me téléphoner au travail pour me demander de m’en occuper. Bien entendu, je n’étais pas au courant que des factures étaient en attente. Recevant mon ignorance réelle, elle pensait peut-être que j’étais de mauvaise foi. Le ton demeurait cordial mais la conversation ne s’éternisait pas. Toujours est-il que cette dame me demande de l’aider à me replacer et je lui dis avec un grand sourire :
– J’étais la belle-mère du fils de la mère dont vous êtes la grande amie.
Son regard ne s’est pas éclairé, alors j’ai ajouté :
– Je suis celle qui ne payait pas les factures !
Dans un grand éclat de rire, elle m’a prise dans ses bras et, les yeux subitement brillants, elle m’a serrée longuement.