À la campagne, un jour de semaine, libérée du travail en raison de circonstances exceptionnelles, j’ai passé une journée délicieuse. Levée pas trop tard, j’ai tricoté dehors au soleil les deux premières heures. Puis sous la marquise quand la pluie est arrivée. Puis à nouveau au soleil. Je n’ai rien entendu qui pourrait donner à penser qu’un nouveau chantier de construction est entamé. J’ai très peu parlé. J’étais tout simplement bien. En fin d’après-midi, toujours tricotant, je me suis fait offrir un cadeau par l’intermédiaire d’une dame âgée, le dos voûté, mais sans adjuvant de type canne ou bâton de pèlerin. Elle a monté les trois marches qui donnent accès à la galerie, sans que je m’en rende compte. Elle portait des chaussures à semelles de caoutchouc, d’une part, et j’étais très concentrée sur mon modèle à torsades que j’ai recommencé cinq fois mais que je suis en train de réussir, d’autre part. Je n’ai pas tant vu la dame arriver à côté de moi que j’ai senti sa présence et, de surprise, j’ai crié très fort. Elle a souri, me montrant ses dents saines et blanches, sauf qu’il lui manquait une des incisives. Elle m’a dit être une amie d’une amie d’une amie de la région. Comme il m’a semblé entendre un accent vaguement anglophone dans certaines de ses phrases, j’ai pensé qu’elle était une connaissance de Robin, mais je ne lui ai pas posé la question. Son habillement était étrange : un pantalon qu’on portait autrefois pour le ski de fond en velours côtelé avec des bas qui lui montaient au-dessus des genoux, donc pas mal plus haut que selon le nouveau style de chouchou qui s’en tient aux mollets. Une chemise à carreaux en flanelle, avec cependant des petits carreaux très fantaisie et pas tous identiques. Elle venait voir qui était la nouvelle blogueuse du village, croyez-le ou non. Je n’en suis pas revenue. Je suis connue comme étant une blogueuse avec seulement une petite dizaine d’accès sur mes pages Badouz ? Difficile à croire. Là où je veux en venir avec le cadeau venu à moi par l’intermédiaire de cette femme, c’est qu’elle m’a fait savourer le jeu de la subjectivité. Elle avait vraiment lu mes textes car elle les a commentés. Le moment exquis qui m’a fait tant de bien est arrivé alors qu’elle commentait des passages récents. Elle tentait de me mettre en garde contre une trop grande liberté qui me ferait déraper.
– Vous êtes notre blogueuse, a-t-elle répété d’une manière appuyée. Mais tâchez de laisser les Espagnols tranquilles, a-t-elle conclu, –en voulant dire les Russes.
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Une autrice illustrement inconnue !
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