Je suis très fatiguée pour avoir un rythme hors travail plus agité que d’habitude à cause de la visite de Thrissa –je digère encore ce matin notre repas d’hier soir. Je me demande vers quel mauvais coup je vais devoir me tourner pour me stimuler et me remonter le moral.
10h45. Une stimulation s’est présentée sous la forme d’une gorgée de café chaud et savoureux. J’en ai eu des frissons de plaisir, comme lorsqu’Oscarine m’avait donné des frissons en appliquant de la crème solaire sur mes épaules par une journée de canicule intense, l’été dernier. En parlant d’Oscarine, elle m’a informée hier que Vanessa et Johnny seraient séparés, triste nouvelle. Autre nouvelle qui suscite une petite déception : Emma ne portait pas ce matin les jambes de ses pantalons dans ses chaussettes.
Rêve cette nuit, dont il ne ressort aucun sentiment qui pourrait m’égayer ou m’attrister. Je suis dans l’autobus, direction Longueuil, pour le seul plaisir de faire un parcours en autobus. À ce plaisir s’ajoute celui de circuler dans un autobus à deux étages comme si j’étais en Angleterre. J’aime la vue qui s’offre à moi, en plongée, le long de mon parcours. Je prends bien soin de fixer mes pieds du regard quand une collègue arrive et s’installe sur une banquette pas très loin de la mienne. Je n’ai pas envie de lui parler. C’est la collègue qui avait passé plus de temps que les autres, il y a de cela plusieurs années, à chercher mon attaché-case-sac-de-plastique-Provigo à la fin du conseil d’administration.
Dans la vie réelle comme dans mon rêve, la collègue est une excellente tricoteuse. Elle m’a offert un châle qui me tenait au chaud quand je travaillais dans nos bureaux glacés du pavillon principal en hiver. Je suppose qu’elle se rend comme moi jusqu’à la fin du parcours de l’autobus parce qu’elle sort ses aiguilles et ses pelotes, elle les place soigneusement autour d’elle, et se met à tricoter. Son tricot est une copie conforme du foulard qu’Emma a tricoté au début de l’hiver, soit une alternance de panneaux gris et bleu acier.
Tout à coup, le foulard se met à allonger, à tel point qu’il s’accumule aux pieds de ma collègue en formant un monticule. Ma collègue prétexte l’impossibilité de bouger, ses pieds étant recouverts du monticule, pour crier au chauffeur qu’il doit s’arrêter à l’endroit où elle veut descendre.