C’est l’histoire d’un personnage russe, Ynov Vyscol. Il se trouve une fois de plus à un carrefour dont il ne sait jamais s’il doit tourner à droite ou à gauche. Par la force de l’habitude et par dépit —Comment ça se fait que je ne sais jamais comment m’y prendre à ce carrefour, que je ne me souviens pas quel côté j’ai pris la fois d’avant ?— il se laisse porter par ce que l’on pourrait appeler la force de l’habitude. Il tourne à droite car il est droitier, ça se fait tout seul.
Un jour, un personnage russe également, Lyncha, joli prénom par ailleurs, mais moins que Natacha, ouvre la bouche pour suggérer :
– Pourquoi n’essaies-tu pas de tourner à gauche ?
Elle se fait rabrouer le temps de le dire.
Lyncha a remarqué qu’à force de tourner à droite, les chaussures d’Ynov Vyscol sont abîmées, il se frotte les bottines contre les aspérités râpeuses des gros cailloux. Quand il utilise une bicyclette, c’est encore pire. Il coince immanquablement la roue avant dans une crevasse bien traître qu’on ne voit pas sur la chaussée. Ynov ressort de son parcours avec, de fois en fois, quelques rayons de roue en moins. On dirait qu’il ne se rend pas compte qu’il ne lui reste que des rayons faibles et tordus pour faire tenir sa roue.
En personnage russe qui s’exprime avec l’emphase des grands romanciers du XIXe siècle, rappelons-nous le faste des tsars, Ynov s’exclame :
– Je suis ainsi fait qu’il te faudra t’habituer à ma dureté. Je suis un homme dur et direct et je ne peux rien faire contre l’atavisme. Tel père, tel fils !
– J’aime ma dureté, Lyncha, j’y tiens même plus que tout, c’est une maîtresse loyale qui ne m’a jamais trahi. Les femmes de chair et d’os, dans ma vie, n’ont fait que passer, et encore, si elles s’étaient contentées de passer sans tout arracher…
– Quand je m’exprime ainsi sèchement, quand je prends plaisir à blesser l’autre, je suis certain d’au moins une chose : ce n’est pas l’autre qui est en train de me blesser.
– D’ailleurs, viens ici que je te blesse, Lyncha, je me fiche pas mal de l’effet que cela peut avoir sur toi. Les femmes passent, l’amour tue. Va-t’en. Quitte-moi !
– En bref, Lyncha, il n’y a rien à faire, habitue-toi, ou quitte-moi. Va-t-en, tiens, c’est inscrit dans mon code génétique, et plus largement dans le grand livre de la vie. Les femmes passent, l’amour tue, mais moi, il ne peut rien m’arriver, je suis excessivement blindé et superbement armé de ma dureté.
– Oui mais Ynov…
– Que veux-tu que ça me fasse que tu me dises Oui mais, Ynov…
C’est ici que ça se gâte. Lyncha, toujours gentille et positive jusqu’aux dents, n’a que trois mots de conclusion à exprimer :
– Va donc c*.
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Une autrice illustrement inconnue !
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Dis… t,es pas trop subtile dans tes anagrames !!! LOL
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Mais ils sont exotiques et nous entraînent vers les steppes de la Sibérie …
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