Jour 2015

Je vais faire l’éloge de ma personne, cela me remonte le moral. Au pire moment de ma vie, j’étais au début de la trentaine, j’ai eu la chance grandissitéssimale de tomber sur une femme médecin. J’allais la voir pour lui dire que je voulais mourir, imprégnée des Mots pour le dire de  Marie Cardinal, que j’ai lu cinq fois. Étant mariée à un psychanalyste, la femme médecin m’a dirigée vers ce dernier, qui m’a dirigée vers une jeune femme en fin de formation que j’ai rencontrée trois par semaine pendant quatre ans.

Je n’oublierai jamais que nous avions eu un séminaire, à l’université d’Aix-Marseille, qui portait sur Les mots pour le dire, c’était un séminaire sur l’autobiographie. La prof avait demandé que quelqu’un, dans le groupe, résume le récit avant qu’on se mette à en parler. Je mourais d’envie de prendre la parole, et personne ne se manifestait. La prof, patiente, attendait qu’un étudiant se décide en faisant semblant d’écrire des choses sur une feuille. Au moment précis où, me décidant enfin, je levais la main pour signifier que je voulais prendre la parole, la prof qui regardait ses papiers ne m’a pas vue, pas plus que la fille qui était devant moi et qui s’est mise à résumer l’histoire ignorant tout de mon bras levé. Eh bien, à cause de tous ces événements entrecroisés, mais essentiellement parce que j’ai tellement hésité, foudroyée par la gêne, ce n’est pas moi qui ai résumé l’histoire, et la fille qui l’a fait y est allée sans toute la passion que j’y aurais mise.

Donc, pour l’éloge de ma personne, quand je pense à l’être que je suis devenu vingt ans plus tard, c’est-à-dire que je suis maintenant, et en me basant sur l’être que j’étais quand je voulais disparaître de la planète, je me dis, quand même assez humblement, que je suis une réussite. Plutôt fade professionnellement, pas du tout reconnue artistiquement, mais une grande réussite quand même pour avoir su apprendre à aimer la vie et à bien me gérer moi-même, généralement parlant. Je me dis surtout que pour changer il faut le désirer, et que c’est très facile de ne pas le désirer, ou de penser qu’on n’est pas en mesure de juste essayer.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 2015

  1. Avatar de Renée Tremblay Renée Tremblay dit :

    C’est une des rares consolations qu’il y a à vieillir, le temps nous est donné pour changer.

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