Jour 2058

C’est sûr qu’à me propulser moi-même avec assez peu d’ingrédient, finalement, vers les sommets vertigineux de l’extase, les vacances ont passé vite en titi et le retour à Montréal, ce soir, s’est avéré assez brutal.

En allant faire l’épicerie au métro d’alimentation de St-Alphonse-Rodriguez, où j’habite à la campagne, j’ai enfin compris pourquoi le site de rencontre californien auquel je me suis abonnée m’envoie tant de coordonnées d’hommes vivant aux USA : c’est que ces abonnés, si je me fie en tout cas à l’histoire que je suis sur le point de raconter, ont une autre adresse située pas très loin de la mienne. Personne ne va me croire, tellement c’est inimaginable, mais voici ce qui est arrivé.

Je suis au rayon des produits laitiers et j’hésite entre acheter 2 fois 2 litres de lait 2%, ou juste une fois, dans la mesure où Emma et moi, sur la trotte ici et là dans la famille à presque tous les jours, avons assez peu mangé (et bu) à la maison. Si j’achète le lait et que nous ne le buvons pas, je vais devoir le transporter à Montréal, etc. J’en suis donc là, pendant qu’Emma est partie à la recherche de l’huile d’olive. Quand elle revient, un homme est en train de me piquer une petite jasette. Après coup, dans l’auto, Emma m’a dit, et cela m’a plu :
– Franchement maman, on ne peut pas te laisser toute seule une minute !

Ingénieur de formation, immatriculé au Vermont, ayant enseigné plusieurs années en France, l’homme a un accent anglais quand il parle français, mais à peine. Il m’a reconnue, ne m’ayant pourtant vue que sur photos, les quatre que j’ai mises sur le site pour me présenter, dont une sur laquelle je n’ai pas mes nouveaux cheveux teints mais les anciens cheveux gris.
– Lynda ? a-t-il dit, le sourire fendu jusqu’aux oreilles et me tendant la main. Vous appelez-vous Lynda ?
Il se nomme Robin, habite une « maison d’hiver », comme il dit, située à cinq kilomètres de la mienne. Trois soirs plus tard, j’étais rendue chez lui. Par solidarité féminine, Emma a accepté d’aller passer la nuit chez son grand-papa.

J’arrive chez lui vers 18 heures tel que prévu. Nous faisons encore un peu plus connaissance, nous buvons un peu de vin, nous avons de la difficulté à nous entendre par-dessus Echoes de Pink Floyd qui joue en version DVD sur un écran géant.

Aux alentours de 20 heures, Robin me dit qu’il a faim, qu’il n’a pas envie de cuisiner, alors nous partons au seul restaurant du village manger de la pizza.
– On va prendre ton auto, me dit-il.
– Si c’est toi qui conduis, ai-je répondu du tac au tac.
– Pourquoi ? a-t-il demandé.
– Pour le plaisir d’être dans mon auto et de ne pas conduire. Ça doit faire deux ans que ça ne m’est pas arrivé.
Il a accepté.
À la fin du repas, plutôt banal et de conversation assez limitée, je commande au serveur un café. Robin s’exclame :
– Bien non ! On en a à la maison !
J’ai failli mourir d’extase, voyez comme c’est facile, c’est le « on » qui m’a tuée, et le « à la maison », parce que j’ai eu l’impression que Robin s’exprimait comme si nous avions vingt ans de vie commune.

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire