Jour 2055

Oscarine a le don de remettre mon pendule à l’heure. Elle m’a dit ce midi que les récents événements que j’ai vécus dans l’extase sont somme toute assez banals. Il s’agit ni plus ni moins de l’histoire mille fois racontée d’une personne qui cherche une autre personne. La perception terre à terre de mon amie me fait du bien. J’ai tendance à penser que je suis seule tendue vers les sensations délicieuses de l’amour, alors que dans le fond, me dit-elle, tout le monde court après la même affaire. J’ai tendance à penser que je suis seule à me tendre avec autant d’élan, d’ardeur, de désir, vers les sensations délicieuses que pourrait peut-être me procurer l’amour. Oscarine a raison, je fais la même chose que tout le monde –mais il me semble que mon degré de naïveté est plus élevé que la moyenne.

C’est sur ce propos –le désir– que se termine le film Pina que j’ai vu ce soir avec Yvon. À la toute fin, apparaissent les paroles suivantes de la danseuse Pina Bausch :
– À quoi aspirons-nous ? D’où nous vient ce désir ardent ?
D’où nous vient ce désir ardent, dans la bouche de Pina sur l’écran de Wim Wenders, c’est l’équivalent de On court tous après la même affaire, dans la bouche d’Oscarine. Et ce sont exactement ces mots, ceux de Pina, qui résument le mieux la quête éternelle qui m’anime et me fait entreprendre toutes mes aventures. Et plus le temps passe, plus je vieillis, plus il me semble qu’il est important d’entreprendre des aventures en masse.

À zéro heure, le 1er janvier 2012, nous étions une dizaine dans ma famille et nous nous sommes levés pour nous embrasser. Nous étions une dizaine impaire : tout le monde s’est retrouvé en couple, pas forcément amoureux –la belle-sœur avec son beau-frère, ma fille avec son oncle, mon frère avec ma sœur– pour s’enlacer et se transmettre des souhaits. Sauf moi ! Je suis restée seule au centre du salon et j’ai embrassé l’air libre, j’ai tendu les bras sur l’univers, en attendant que quelqu’un se libère. J’ai trouvé que cela résumait très bien la situation qui est la mienne depuis plus d’un an. Mais cela m’a amenée à me demander : est-ce que j’embrasse ainsi l’univers, dans ma vie de tous les jours, auprès de presque tout le monde, en presque tout temps, parce que je n’ai pas de sujet à aimer (un homme libre qui m’aimerait aussi) ou est-ce qu’amoureuse d’un homme amoureux de moi j’aimerais autant l’univers, la vie, l’air, le moment, les gens ? Bonne question.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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