Jour 2053

Mardi dernier, il s’est produit une petite révolution : je me suis présentée à une entrevue, une autre, pour travailler dans un domaine qui m’éloignerait des grands systèmes informationnels et me rapprocherait de mes premières amours : les lettres. C’est la première fois, dans ma vie, que je fais deux entrevues en moins de deux mois. J’ai passé bien des années sans en faire. La rencontre avait lieu dans des locaux vétustes à l’université. Il s’agit d’anciens appartements du boulevard Édouard-Montpetit qui ont été convertis en bureaux. Les planchers sont recouverts d’une moquette commerciale à poils ras. Il y a peut-être de belles lattes de bois en-dessous car même une démarche légère génère d’importants craquements. Comme il y a beaucoup de gens qui circulent dans les bureaux, ça craque sans arrêt. Encore une fois, je ne me sentais pas femme de 52 ans qui se prête à un exercice sérieux. Je me sentais jeune adolescente qui vient faire l’expérience de ce qu’est une entrevue. Oscarine se moque de moi, mais il y a un peu de vrai dans ses moqueries. Elle dit :
– Un jour, Lynda, il ne restera plus que toi à replacer sur un poste mieux rémunéré à l’université, et ce jour-là, ne t’inquiète pas, ça va marcher !

La révolution vient du fait que je me suis présentée à la rencontre le cœur battant, le temps que j’entre dans la pièce et que je donne la main aux trois femmes qui allaient m’évaluer. Puis, à peine assise, aucune nervosité. J’ai complètement oublié que j’ai déjà eu peur des entrevues. La conseillère aux RH m’a expliqué que pour couvrir tous les sujets, les questions, les études de cas, il fallait fournir des réponses courtes, la concision était requise. La remarque n’est pas entrée dans l’oreille d’une sourde et j’ai tenté de me comporter, à l’oral, comme si j’étais moi-même un procès-verbal. J’ai donc parlé à toute vitesse, ce qui m’a contrainte à parfois reprendre mon souffle. Au bout d’un moment, la conseillère a dit :
– Avez-vous des questions Mme Longpré ?
Et j’ai répondu :
– Ce n’est pas déjà fini ?, ai-je répondu. Je n’ai pas l’impression de m’être fait connaître, il me semble que je n’ai rien dit !
– Bien, ça fait quand même une heure que nous sommes ensemble, a-t-elle répliqué en se levant pour que j’en fasse autant.

Tout se passe comme si j’étais en mode test, plus souvent qu’autrement. Je fais des entrevues pour l’expérience d’en faire et non pour obtenir un emploi. Pour tester ma confiance en moi, essentiellement.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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