Jour 2051

Quand la conseillère a téléphoné hier à 17h20, j’ai bien failli ne pas répondre mais, pour lui éviter de téléphoner une troisième fois –je voyais son nom sur mon afficheur–, j’ai répondu.
– Nous n’avons pas retenu votre candidature, Mme Longpré.
Et petit topo d’introduction sur l’autre candidat dont la carrière est en plein essor, plein d’élan, plein d’avenir.
– Je suis contente pour lui, ai-je répondu, sachant qu’il s’agit d’un homme car je l’ai aperçu le jour de mon entrevue.
J’adore prononcer ces mots Je suis contente pour lui car j’ai souvenir d’une femme anglophone, habitée par la colère, dans un magasin de chaussures, qui avait dit d’un ton d’une grande dureté, à son compagnon, en parlant de quelqu’un et en essayant des bottes qui s’étaient avérées trop petites :
Good for him.
Et depuis, chaque fois que je prononce l’équivalent en français, j’essaie de me rassurer à l’effet que je ne suis pas comme elle, dure et amère. Donc, je suis contente pour lui, ai-je dit bien sincèrement.
Ce n’est pas facile pour une conseillère, ai-je ensuite pensé, d’avoir à annoncer plus de refus qu’il y a de candidats retenus.
– Si je peux me permettre, Mme Longpré, les prochaines fois, il serait important que vous arriviez mieux préparée.
– J’imagine, ai-je répondu.
– Quand on vous demande si vous avez visité le site web de l’unité, il faut répondre oui !
– En effet.
Moi, cocotte, j’ai répondu que je le visitais régulièrement, le site de l’unité, il y a longtemps, mais que, depuis qu’on m’avait associée au dossier du PGI –la révolution informationnelle–, je visitais avant tout les sites gérés par les produits PeopleSoft pour essayer d’anticiper ce que ça allait donner, chez nous, quand les nouvelles technologies seraient implantées.

Malgré ce nouvel échec mais, aussi, forte de la victoire de n’avoir pas eu peur en entrevue, je considère que j’ai entamé 2012 en lionne si je tiens compte de l’entrevue ratée, de la mammographie et de l’examen dentaire qui ne recèlent aucun danger, de ma conversation avec le dentiste qui constitue toujours un temps fort, année après année, de ma virée sentimentale pleine de charme et dont je me suis remise sans ennui.

À ce sujet, Robin m’a envoyé un courriel hier. C’est bien pour dire, quand on descend du nuage de l’extase, la vie nous rattrape en un rien de temps : sa fille a été victime d’un accident cérébro-vasculaire et les médecins ne peuvent garantir, pour l’instant, qu’il n’y aura pas de séquelles. Elle est première danseuse dans une troupe de ballet. Je n’avais pas de mots pour l’encourager, évidemment. Mais je me suis dit qu’il était heureux que nous ayons vécu notre petite histoire sentimentale, notre engouement subliminal, cela aura donné des forces à Robin.

Au démarrage de l’année en lionne s’ajoute enfin ma rencontre avec Clovis, mon nouvel ami. C’est mon frère, celui aux grandes pattes d’ours, qui me l’a présenté. Quel beau prénom, me suis-je dit dès l’abord. Clovis est, si je me rappelle bien, le premier roi des Francs, au début du premier millénaire. Mon nouvel ami porte un nom qui a traversé le temps comme il a, lui-même de sa personne, traversé le temps malgré quelques hésitations. Je fais référence à ses poignets, à ses bras, à l’intérieur de ses coudes recousus là où palpitent les veines.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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