J’ai changé mon fusil d’épaule. Je ne m’intéresse plus depuis hier à l’amour pur qui transcende l’essence de l’être et qui fait palpiter le cœur à chaque attouchement de l’être aimé. Il me semble que patiner main dans la main avec mon petit ami ferait aussi bien, sinon mieux l’affaire. Aller au cinéma et peut-être aussi se tenir la main pendant la séance. S’embrasser tendrement, ici et là, en buvant un café dans un café.
Hier, Yvon et moi avons vu Café de Flore pour la troisième fois en ce qui me concerne, et la première quant à lui. J’ai encore pleuré et j’ai autant aimé le film, mais pour des raisons différentes. Cette fois-ci, c’est l’apport de la musique qui m’a frappée. Yvon a plus ou moins embarqué.
Après le film, je suis rentrée à la maison où m’attendait Emma en pratiquant sa flûte. Où pratiquait Emma en m’attendant. En tout cas, dès que je suis arrivée elle a arrêté. Nous avons soupé comme d’habitude devant la télévision, ces temps-ci elle me fait écouter So You Think You Can Dance. Nous mangeons, nous écoutons l’émission et nous tricotons, tellement collées sur une seule moitié du canapé que j’ai de la misère à faire glisser mes aiguilles.
Au bout de quelques lignes de tricot, je me lève et je vais lui chercher un bassin d’eau chaude. Elle s’y fait tremper le pied comme l’exige le traitement de sa verrue. Nous en sommes au 4e mois de traitement, tous les soirs. Ce matin, le médecin nous a informées que la verrue a probablement disparu –c’est difficile à diagnostiquer, la peau est abimée à l’endroit du traitement. Mais pour plus de sécurité, Emma va poursuivre jusqu’à la fin du mois.
– De toute façon j’aime ça, a-t-elle dit au médecin, c’est relaxant.
Avant de quitter la cabinet, je n’ai pu m’empêcher de demander au médecin, qui est une femme, toujours en raison de mon empathie exacerbée, si elle allait bien.
– Je vais très bien, a-t-elle répondu. Pourquoi me posez-vous la question ?
– Parce que vous êtes encore plus menue qu’avant.
– Pourtant, pendant les vacances de Noël, j’ai pris du poids. Mais vous savez, je suis marathonienne. Je dépense tout ce que je consomme.
Une fois de plus, Seigneur, avoir su, je me serais évité une petite inquiétude. Mais voilà qui confirme que j’ai raison de poser tout haut les questions que je me formule tout bas.