Je vais avoir besoin d’une échelle. Pendant les vacances de Noël, l’esprit perdu dans les tournoiements de Robin qui vient klaxonner dans la cour un bon matin, j’ai travaillé sur neuf toiles à la fois. Je les ai plus ou moins bariolées, un bariolage organisé, en m’arrangeant pour que les lignes traversent d’une toile à l’autre. La ligne principale qui constitue le lien le plus visible est un large trait de couleur bleu de Prusse, mélangé à un peu de noir, trait sur lequel j’ai tracé des points de la grosseur d’un gros pois vert, mais le pois est de couleur jaune indien. La couleur dominante pour l’ensemble des toiles est terre de sienne, à laquelle j’ai mélangé du rouge selon différentes concentrations. Je pourrais travailler les toiles encore des heures, tracer des lignes fines qui décoreraient les masses, inventer des motifs répétitifs, mais je préfère pour l’instant m’arrêter là, quitte à retoucher l’ensemble plus tard.
Je commence à être chicotée par la production des résultats de l’enquête sur l’habitat et je voudrais aussi soumettre les quelque 150 premiers textes à mon éditeur –je n’ai toujours rien fait dans ce sens-là. À eux seuls, ces deux projets sont susceptibles de m’occuper jusqu’à la fin de l’hiver.
Au printemps, je pourrais revenir aux neuf toiles, quoique, une fois installées, et en tenant compte de l’endroit où je désire les disposer, il y a de fortes les chances que je n’aie plus envie d’y toucher. Cet endroit est le suivant : au-dessus d’un escalier qui tourne, sur un mur d’une bonne vingtaine de pieds de hauteur. J’aimerais combler la surface blanche qu’occupe ce mur vide.