Déjà qu’Emma doit me sortir du cabinet de la pédiatre en me tirant par la manche du manteau, craignant que mon empathie naturelle ne m’amène à dire des choses qu’on ne dit habituellement pas… Voici ce qu’elle a vécu hier, dans l’autobus, avec sa mère.
Tout commence avec Oscarine qui me propose d’aller au magasin Zone le midi profiter des méga-soldes. Le magasin sera fermé pendant un mois afin d’être réaménagé, tout l’inventaire doit être liquidé. Nous y allons. J’y trouve un réveille-matin à moitié prix, plutôt intéressant, je l’achète. Oscarine en achète un aussi, de modèle moins intéressant. Elle jalouse un peu le mien, mais comme c’est moi qui l’ai trouvé la première et que je suis sans scrupule, je le garde pour moi. J’achète aussi un arrosoir pour les plantes du bureau, stylisé en forme de cygne. Nous vivons en effet, Ludwika et moi, entourées de cactus et d’autres plantes grasses.
Avant de poursuivre mon récit, je dois apporter des précisions quant à mon environnement sonore. Au travail, l’imprimante s’essouffle de longues minutes quand on l’utilise en émettant des sons lancinants qui irritent les tympans. Dehors, du côté de la cour arrière sur laquelle donne mon bureau, nous entendons gronder des moteurs de camion et des bennes à ordures, sans oublier les avertisseurs stridents des véhicules en marche arrière. Dans les autobus, ce n’est pas mieux, les systèmes de ventilation propulsent de l’air chaud moyennant un nombre de décibels impressionnant. Je termine donc mes journées les oreilles malmenées par les acouphènes.
Cela étant, j’entre hier dans l’autobus 103 pour me rendre à la maison après le travail. Je me faufile, j’avance difficilement et je m’arrête à côté d’un manteau qui m’est familier. Celui de ma fille, qui est accompagnée d’une amie. Passées les premières paroles exclamatives de surprise, je remarque que les deux jeunes femmes sont distraites, elles me parlent tout en cherchant quelque chose du regard. Elles sont à la recherche de l’origine du son. Emma se penche vers moi en disant :
– On dirait que ça vient de toi, maman.
Il me faut quelques secondes pour comprendre : le réveille-matin acheté avec Oscarine, glissé dans la grande poche de mon manteau pour plus de commodité, est en train de sonner !