Cette fois, je n’y suis pour rien, c’est mon frère, celui aux grandes pattes d’ours, qui m’a présenté Clovis. Je veux dire que ce n’est pas moi qui suis allée à la rencontre d’un être à la sensibilité exacerbée. Cet être est venu à moi sans que je ne fasse rien d’autre qu’être assise là, dans un restaurant où mon frère avait organisé un souper pour que l’on fasse connaissance. Nous étions sa blonde et lui, Clovis et moi. Arrivé le dernier, Clovis a sorti de la poche de son manteau une bouteille d’un alcool que je ne connais pas. C’est un restaurant Apportez votre vin. Il faut croire que la poche était profonde parce que la bouteille était entièrement cachée, Clovis l’a sortie comme par magie. Je ne peux pas, ici, parler de solidarité puisque l’épisode du gros réveille-matin qui sonne dans la poche de mon manteau, dans l’autobus, ne s’était pas encore produit. Donc sensibilité exacerbée et je ne pouvais pas le deviner. Je demande à mon frère, quelques jours avant le restaurant :
– Que fait-il ?
– Il est peintre en bâtiments, comme moi. Quand il ne travaille pas, il est chez lui.
– Ah bon.
– Il y a quelque chose de bohème dans sa maison, c’est ce qui me fait penser que vous pourriez bien entendre.
Bohème. J’aime le vocabulaire de mon frère. Il m’a déjà dit, une fois qu’il était chez moi et que je n’y étais pas, qu’une femme était venue me saluer.
– Une Anglophone, avait-il précisé, habillée avec des fanfreluches.
J’ai eu beau chercher, je n’ai jamais su qui était passé.
– Qu’est-ce que tu appelles des fanfreluches ?, avais-je fini par demander. Des bracelets, des colliers, des dentelles, une jupe à volants ?
Mon frère n’avait pas su le préciser.