Jour 2042

J’étais mal en point physiquement hier et dans ce temps-là mon moral s’en ressent. J’étais une Lynda mosaïque en mille morceaux qui tenaient par la peur. Au premier événement moindrissime, je sais que les morceaux vont se décoller. Exemple d’événement moindrissime : je marche en direction de la salle où se tiendra notre réunion. Je croise dans le corridor deux collègues qui s’exclament, avec une surprise non feinte car je ne vais pas souvent dans ce pavillon :
– Salut Lynda, tu t’en vas là-bas ?
Là-bas désigne l’endroit d’où ils viennent et où je vais. Le ton de cette remarque, gentil et avenant, fait craquer la mosaïque dangereusement. Je réponds à mes collègues du mieux que je peux, avec un beau sourire, et je me rends, comme ils le disent, là-bas.

La réunion dure deux heures et je me retrouve sur le chemin du retour au bureau. Pas très loin de mon pavillon, une dame, que je trouve belle, s’arrête à ma hauteur et me dit :
– Mme Longpré ? Comment allez-vous ? Est-ce que tout est correct pour vous ?
Je la regarde et je ne la replace pas. Elle ressemble à la nièce de ma tante, mais il est impossible que la nièce de ma tante soit sur le campus de l’université en ce moment. La dame attend et me sourit. Tout d’un coup, cela me revient, c’est la dame pour laquelle j’aurais travaillé, qui aurait été ma patronne, si j’avais réussis ma dernière entrevue ! Je n’en reviens pas. Là, vraiment, je suis à un cheveu d’éclater en sanglots. Quelle gentillesse de sa part ! Je connais pleins de gestionnaires qui auraient regardé à terre pour ne pas me saluer ! Nous entamons une petite conversation, elle me dit qu’effectivement j’étais très mal préparée. Je lui réponds, sans vouloir insister, que selon moi telle réponse voulait plutôt faire état de tel aspect de mes connaissances, mais elle revient à l’effet que la prochaine fois je devrais savoir ce qu’il y a sur le site web de l’unité qui serait prête à m’embaucher.

Craquelée, plutôt mal ficelée, mais un peu réconfortée par l’échange que je viens d’avoir, je retrouve mon bureau et, très vite, c’est l’heure du cours de tricot. Tout se passe bien, hormis que je sois la seule à ne pas avoir acheté de la laine véritable. J’ai acheté de l’acrylique, pour économiser, en me disant que j’achèterai de la laine quand je serai plus expérimentée. L’important, de toute façon, c’est de tricoter avec Oscarine.

Le cours est suivi d’un souper avec deux collègues, dont Ludwika. Oscarine n’y est pas. Au souper il se passe ceci : je m’installe à la table tellement mal en point que j’ai peur de vomir, je suis excessivement tendue par la souffrance de ma journée. On commence à manger, c’est bon, le service est rapide, on rigole, je redeviens une personne vivante à l’intérieur de laquelle la vie circule malgré ses fissures. Il s’avère que nous avons trop de nourriture. Je suggère de rapporter les restes et on décide que Ludwika, qui habite à coté de l’université, va s’occuper de les apporter pour qu’on les mange, ce midi, ensemble, au bureau. Je l’attends, en ce moment, elle est partie les chercher.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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