En arrivant à Montréal à 21h00 de retour de la campagne, j’étais bien déterminée à préparer une salade de pommes de terre, d’ailleurs j’ai sorti les pommes de terre du garde-manger et j’ai mis de l’eau dans une casserole. Mais j’ai voulu connaître d’abord les prévisions de la météo de cette semaine et, plutôt que d’attendre de longues minutes –parce que je l’avais éteint– que mon ordinateur accède au site de Météomédia, j’ai allumé la télévision et je suis tombée sur Le goût des autres, d’Agnès Jaoui. C’en était fait des pommes de terre –même si je suis près de connaître le film par cœur.
Je n’aurais pas dû lire mes cent premiers textes, en fin de semaine, en prévision d’une éventuelle publication. Je n’ai plus aucun élan pour poursuivre. Mais je vais poursuivre quand même. Au moins, je suis capable de me relire, c’est un progrès. Du temps de mon baccalauréat, j’étais incapable de relire mes travaux, je les jetais ou alors je les donnais aux étudiants qui me les demandaient (parce que j’avais A). Donc, je peux me relire, c’est déjà ça. J’ai même pris plaisir à parcourir certains textes, j’avais hâte d’arriver au suivant pour découvrir la suite.
Autre aspect intéressant : l’écriture en tant que telle rend compte des différentes étapes de mon parcours : au début les textes sont courts, ils sont plutôt décousus, maladroits, on sent que je me cherche, que le rythme de croisière n’est pas installé. Puis, le rythme s’installe, ça va bien pendant un certain temps, le lecteur comprend mieux là où je veux en venir. Mais quand arrive l’été, et la canicule, l’inquiétude vient s’installer dans le contenu, je m’analyse et j’élabore des théories, mais aussi dans la forme –les phrases sont trop longues, trop compliquées, on n’arrive pas efficacement à l’idée principale. La raison en est très simple : pendant l’été je travaille fort, je deviens fatiguée, je manque de sommeil à cause de la chaleur. En outre, cet été j’étais stressée parce que je ne maîtrisais pas le logiciel InDesign avec lequel je devais éditer les publications universitaires.
Ce qui continue de créer un sentiment de malaise, quand je me relis, c’est la naïveté qui teinte pratiquement chaque mot, on dirait que j’ai cinq ans d’âge mental. Ce qui me dérange aussi, énormément, c’est que chaque phrase est portée par l’espoir que je vais atteindre un but, que ma voie me sera enfin dévoilée. Or, cet espoir est toujours déçu, et pourtant je continue d’essayer, comme une masochiste qui espère être un jour aimée d’un homme qui ne veut rien savoir d’elle.