Jour 2070

L’entrevue réussie, le nouveau poste, le meilleur salaire, le ressourcement dans un environnement de travail différent, autre pavillon, autres collègues, peut-être même la possibilité de croiser un homme, et de faire plus que le croiser, au bout d’un moment, j’interprétais tout ça comme un cadeau de François servi sur un plateau d’argent. Maintenant que je suis revenue sur terre, je suis contente que ce ne le soit pas. Cela me tient à distance des interprétations excessives que j’entends dans ma famille :
– Mon beau-frère m’a fait un signe, m’a dit ma tante. J’ai trouvé une pomme de terre en forme de cœur dans le fond du sac.
– Chéri m’a saluée peu de temps après son décès, me dit une autre. J’ai failli mettre le pied sur un bijou en forme de cœur et quand ma chaussure y a touché j’ai été électrifiée.
– Au moment où j’ai levé la tête, c’était un soir d’orage, me raconte une cousine, j’ai vu un immense M –du prénom de l’être cher– qui déchirait le ciel.
Papa écoute tout ça en rigolant et conclut :
– C’est miraculeux !

Quand je suis arrivée à la maison, Emma était sur le canapé et tricotait en écoutant la télé. Elle m’a dit ceci :
– Maman, tu as des formes et ton bassin n’est pas si étroit que ça !
Alors pour poursuivre l’étude sur les subjectivités multiples, j’ai demandé aujourd’hui à Oscarine et Ludwika ce qu’elles en pensaient.
– Étroit, m’a dit Oscarine.
Elle commence à avoir l’habitude de mes questions impossibles et préfère me répondre en allant droit au but, sans s’enquérir du contexte.
Avec Ludwika ce fut plus compliqué, nous avons parlé de plusieurs sortes d’ossatures avant d’en arriver à la mienne. Et ma collègue de conclure que je pourrais avoir plusieurs enfants, mais les premiers par césarienne.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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