C’est souvent ardu, la fin du trimestre, le corps a de la difficulté à suivre. Les premières années, quand je travaillais à l’université, immanquablement j’entamais les vacances de Noël avec une grippe. C’était un mal pour bien, cela justifiait mon absence au party du service. Ludwika est enrhumée très sérieusement depuis deux jours, et notre collègue du bureau mitoyen a été absente toute la semaine. Pour ma part, n’étant pas malade mais seulement fatiguée, j’ai participé au party de Noël de mes amis qui habitent en banlieue.
Emma, qui est venue avec moi, a quant à elle expérimenté les réseaux sociaux de la banlieue, en chair et en os. Je n’aurais pas voulu être à sa place. Cela signifie qu’elles sont au départ quatre adolescentes, elles descendent au sous-sol passer du temps pendant que les adultes commencent à arriver au rez-de-chaussée. Elles remontent au bout d’un moment, à la queue leu leu, en s’ennuyant. Elles décident d’aller au Tim Horton’s pas très loin tenter de se désennuyer. Je donne des sous à ma fille pour qu’elle ait au moins le réconfort d’un chocolat chaud. Une fois là-bas, arrivent les garçons qui auraient pu créer une diversion, mais ils ont passé leur temps, m’a dit Emma, soit dehors à fumer des cigarettes et autre chose, soit dedans à lire ce qu’il y avait sur leur cellulaire ou leur iPod.
Il est une autre chose qui n’a pas aidé à mon repos, mental cette fois. Au party, j’ai parlé assez longuement avec une femme qui est restée quinze ans seule, monoparentale. Elle vit depuis cinq ans avec un compagnon, rencontré sur le tard.
– Au début, ça allait, ma solitude me plaisait, mais avec les années elle s’est mise à me peser. Tout le monde me disait : « Ne t’inquiète pas, tu y penses trop, tu vas rencontrer quelqu’un au moment où tu vas t’y attendre le moins ! » S’y attendre le moins, quand on espère de plus en plus, a-t-elle conclu d’un air excédé.
Pas folle, le lendemain, c’est-à-dire hier, je tentais quelque chose dans l’espoir de ne pas attendre, comme elle, de n’en plus pouvoir.