Donc, depuis dimanche, j’entame ma nouvelle vie de femme en réseau. Après m’être sentie très déprimée lundi, je me dis que je vais au moins essayer, pour le prix parce que c’est payant, d’en retirer du plaisir. Je me sens comme si j’étais à la veille d’un événement majeur, quand on se dit qu’on menait une vie confortable avant cet événement majeur et qu’on n’aurait pas dû enclencher les opérations qui l’ont rendu possible. Je me sens, pour donner un exemple concret, comme je me suis sentie à la veille de partir en France pour y poursuivre mes études supérieures. Je ne savais pas où j’allais dormir la première nuit, une fois arrivée en terre française, et cela constituait dans mon esprit un problème insurmontable qui aurait justifié que j’annule tout. Pourtant, quand je suis arrivée vers minuit dans la petite ville d’Aix, très animée sur le Cours Mirabeau, pleine de mobylettes pétaradantes, j’ai adoré ça et je n’ai pas même pensé qu’il me fallait partir à la recherche d’une chambre d’hôtel. Seuls mes yeux irrités me rappelaient que j’avais pleuré presque tout le temps du vol. La passagère assise à côté de moi, sur le vol d’Air Canada, une dame assez âgée de tempérament autoritaire, essayait de me consoler. J’aurais bien aimé être capable d’arrêter mes pleurs sur le champ parce qu’elle avait mauvaise haleine et que, pour cette raison, chacune de ses paroles m’incommodait.
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Badouziennes
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Une autrice illustrement inconnue !
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