On raconte que l’événement se serait déroulé de la façon suivante : Clare Torry est encore peu connue. On l’approche pour lui demander d’improviser sur The Great Gig in the Sky. Richard Wright, qui a composé le thème, lui dit de chanter en pensant à la mort et à l’horreur. Elle fait une première séance d’enregistrement, puis trois autres à la demande du groupe. Mais c’est le premier enregistrement qui apparaît sur The Dark Side of the Moon. Autrement dit, c’était parfait du premier coup et les trois autres essais n’étaient pas nécessaires. Cependant, Clare serait sortie du studio presque en pleurant, en s’excusant de n’avoir pas mieux chanté.
Cela me fait penser à une flûtiste du camp musical au Lac Priscault, il y a plus de trente ans. Elle jouait en concert la sonate pour flûte et piano de Poulenc. Elle n’avait pas soufflé sa dernière note qu’elle éclatait en sanglots, convaincue d’avoir mal joué, alors que les spectateurs étaient déjà debout en train de l’applaudir.
Chanter la mort. D’abord il y a plusieurs morts, les fulgurantes, les traînantes, les douces, les violentes, les attendues, les révoltantes… Chanter la mort quand François était à l’hôpital dans le coma aurait été une longue psalmodie d’au moins une semaine, douce et patiente. Pour chanter l’horreur, il me semble que ça prend une voix horrible, une voix qui fait peur, qui fait mal aux tympans. Alors, à ce compte-là, Clare a bien mal réussi son défi, elle chante la vie, de la première à la dernière note.