Il faut toujours que je me définisse en ne faisant pas les choses comme les autres. Alors je me suis inscrite sur un site de rencontre américain qui dit couvrir le Canada. Je parle de la seule fois que je me suis inscrite, dimanche le 11 décembre dernier, le lendemain du souper au cours duquel une amie m’a dit que ça faisait quinze ans qu’elle attendait l’amour en vain. Je n’ai quand même pas fait la folie de m’inscrire une deuxième fois sur un deuxième site. Du moins pas encore.
J’ai beau avoir donné mon adresse au Québec et demandé des propositions de candidats situés à trente km de chez moi, je reçois des coordonnées d’individus qui habitent au VT, PA, NY, CT, Sault-Ste-Marie ou Mississauga. Cela me fait pratiquer les abréviations des États américains. Je trouve pour l’instant que les gens sont frileux et qu’ils ne se manifestent pas beaucoup. Tant qu’à payer, il me semble que c’est un peu fou de ne pas en profiter davantage. Il peut y avoir plusieurs interprétations possibles : les hommes ne me trouvent pas intéressante, pourtant je n’ai pas mis de photos fofolles. La barrière de la langue ne peut être en cause parce que j’ai répondu à toutes les questions en anglais. C’est seulement à la toute fin que j’écris, dans la section Some additional information I want you to know, que je suis francophone. Une autre raison à la frilosité des clients pourrait être que les candidats prennent la chose au sérieux et ne veulent pas écrire à n’importe qui, alors que, sans vouloir manquer d’égard pour la personne que j’ai rencontrée, c’est pas mal ce que j’ai fait. Je dois reconnaître que la question des distances infranchissables m’avantage un peu. Sachant qu’il ne s’engage à rien, James de NY m’écrit que j’ai un nice profile mais que je suis too far. J’ai aussi reçu un icebreaker de Jim, de Montréal. Un icebreaker, j’imagine que ça existe sur tous les sites, c’est une phrase que l’on sélectionne au moyen d’une liste déroulante et qu’on envoie en étape préalable à l’écriture d’un courriel avec nos propres mots. Mon icebreaker était Do you want to chat ? Au lieu de répondre Yes ! j’ai demandé :
– Parlez-vous français ?
La prochaine fois je serai plus stratégique. Jim est bel homme, je trouve, sur la seule photo de lui il apparaît très sérieux, à tel point qu’il en a les lèvres pincées, mais je trouve que cela lui va bien. J’ai montré sa photo à Emma qui ne voulait pas trop se mêler de mes affaires mais qui a regardé la photo et trouvé que l’homme, en effet, était beau. J’aime aussi ce qu’il a répondu à la section The most important thing I am looking for in a person is : « Joy to be alive ». Je me demande si les gens donnent leur vrai prénom. Jim est-il Jim ? Je vais lui écrire, mais je ne lui demanderai pas ça.
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