Jour 2105

Je mène en ce moment plusieurs projets de front. Cela m’étourdit, dans le sens positif du terme, cela me fait rencontrer des gens et oublier ma solitude. Malgré cette valse, je m’ennuie terriblement.

D’abord il y a mon enquête sur l’habitat. Jusqu’à maintenant j’ai rencontré 20 répondants, il m’en reste 20 autres à trouver, à approcher et à rencontrer. J’essaierai d’analyser les résultats d’une manière rigoureuse mais néanmoins personnelle, et j’enverrai les grandes lignes de mes résultats à mes répondants en remerciements. Personne ne me dit douter de la pertinence de mes questions, j’ai même reçu des commentaires à l’effet qu’elles étaient intéressantes. Aux gens que je m’apprête à interviewer, je dis que les rencontres durent habituellement une petite demi-heure. Je me rends compte cependant qu’elles ont toutes duré une heure jusqu’à maintenant.

Ensuite, je travaille sur les sculptures qu’il faut produire en classe. C’est un nouveau projet, qui fait suite à celui du bateau sur l’eau. J’ai 7 objets à recouvrir chacun de 20 couches de latex. J’ai l’impression que, pour y arriver je vais devoir apporter mes objets demain jeudi au bureau et appliquer une couche par heure jusqu’au moment d’aller au cours en fin d’après-midi. Le problème c’est l’odeur. Les objets que j’ai couvert de latex sont les suivants : un pinceau, un chien triste modelé par moi, des petites bouteilles de shampooing ramenées j’imagine d’une chambre d’hôtel, un butoir de porte. Dans le moule de latex obtenu, et c’est là que le fun commence, on verse du plâtre pour reproduire l’objet autant de fois qu’on le désire.

J’ai fait faire une première affiche qui regroupe les photos des gens qui portent le foulard attaché sous le menton pour le projet de la solidarité. L’impression finale m’est parvenue trop grise, pas du tout semblable à l’épreuve. Je suis déçue, d’autant que cela a quand même coûté cher.

À la maison j’ai aussi 17 toiles bariolées qui m’attendent. Je veux les travailler toutes en même temps. Quand je vais créer de la couleur grise, par exemple, j’en appliquerai sur les 17 toiles, et ainsi de suite avec toutes sortes de couleurs, jusqu’à un résultat qui ne nécessitera plus que des retouches individuelles. L’idée est d’obtenir une famille, une série, une parenté visuelle.

J’essaie de sortir. Hier je suis allée au cinéma avec Yvon. Il choisit toujours des films d’action et cela me plaît autant que les drames psychologiques qui constituent habituellement mon premier choix. Nous sommes allés manger une soupe dans un restaurant asiatique avant le film. J’étais bien trop habillée pour le climat tropical du lieu : collants noirs comme s’il faisait moins 30° dehors, combinaison noire sous la robe — qui couvre la poitrine et descend jusqu’aux genoux–, robe de laine noire à manches longues. Fiou ! Mine de rien, et sans surprise de la part d’Yvon parce qu’il me connaît, en demeurant bien assise sur ma chaise et sans pratiquement bouger, j’ai enlevé ma robe en commençant par le haut et je l’ai fait glisser vers le bas. Elle s’est retrouvée en un tas à mes pieds. J’ai enroulé le tas dans mon sac à main, ni vu ni connu. Je sorti du sac un chandail en coton léger que j’ai prestement enfilé. Je suis donc allée au cinéma en collants, en combinaison et chandail léger sous le manteau.

Ce soir c’est Martin –beau comme un cœur mais il a vingt ans de moins que moi– qui a été mon commensal à la Brûlerie. Il me raconte sa vie qui va bien, après avoir mangé de la misère pas mal et enduré plusieurs années de célibat.
– Combien d’années ? lui ai-je demandé, pas tellement certaine de vouloir entendre la réponse.
– Ah ! un bon dix ans, m’a-t-il nonchalamment répondu.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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