Jour 2101

J’apprends à connaître ma collègue violoniste depuis que nous partageons le même bureau et je constate que nous avons des points en commun. D’abord c’est une artiste, elle fait partie d’un ensemble de musique baroque qui se mérite régulièrement des prix. Le mois dernier, je suis allée les entendre à un concert qu’ils donnaient à la salle Redpath. Habituellement, lorsqu’arrive l’entracte d’un concert de musique dite classique, je désire m’en aller parce que ma concentration a atteint sa limite. Mais cette fois-là, je suis restée jusqu’à la fin du concert et je n’ai pas vu le temps passer. Pendant l’entracte, d’ailleurs, pour ceux qui s’en souviennent, je me suis laissé bercer par la belle voix de l’homme qui était assis derrière moi.

Avant de poursuivre sur les points communs que nous partageons, je mentionne que j’aime beaucoup ma situation privilégiée de coloc de bureau qui me permet d’assister aux étapes préalables au concert. À midi, ma collègue part en courant pratiquer son violon, elle habite juste à côté. Au bout d’une heure, elle revient encore une fois en courant et se met à taper sur son clavier aussi vite qu’elle joue de son instrument, et ce même si elle ne maîtrise pas la technique du clavier, elle tape à cinq doigts des deux mains ! En tapant, elle me dit qu’elle entend de la musique dans sa tête, qu’elle continue de pratiquer mentalement, et qu’elle va devenir folle !

En ce qui me concerne, on dit que je suis une artiste, que je suis l’artiste de la famille, que j’ai un tempérament d’artiste. Je n’excelle malheureusement dans aucun domaine, mais il est vrai que j’aime écrire, et, chose inimaginable car, dans ma vingtaine, c’était exactement le contraire, je suis maintenant capable d’aimer ce que j’écris –c’est une victoire en soi. Une autre forme d’artisterie chez moi est ma manière de m’exprimer, imagée, inhabituelle, que François adorait. Le père de ma fille, aussi, souriait parfois à la tournure de certaines de mes phrases.
– Je dois continuer longtemps sur cette route ? me demandait François au volant de sa voiture.
– Jusqu’à n’en plus pouvoir, lui répondais-je.

Un autre point que nous avons en commun de manière beaucoup plus concrète, ma collègue et moi, est notre manière de nous nourrir. Hier, la voilà qui arrive avec un potage de sa confection, tout vert, qu’elle aime préparer  depuis qu’elle a fait l’acquisition d’un robot culinaire vertical. Le potage, à base de lait, se trouve dans un pot Masson. Eh bien, la coquine a bu sa soupe pas réchauffée directement à même le pot, de la main gauche, pour continuer de travailler de la droite !

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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