Jour 2097

J’hésite entre faire à ma tête ou tenir compte des propositions de la prof. Elle me suggère, je me répète, de tracer un parcours au moyen de mes pinceaux de plâtre, sur le plancher, en y intégrant les grosses taches qui s’y trouvent. Faire à ma tête serait utiliser mes pinceaux et autres objets que j’ai moulés pour en faire une représentation d’une ville idéale, qui obéit à un ordre mondial amélioré et nouveau genre. Ce ne peut pas être moins abouti que mon premier projet, pour lequel l’inspiration m’a fait défaut. En plus, je pense que les barres de savon Ivory me font éternuer.

Les pinceaux les plus larges, par exemple, parce que j’ai moulé deux formats de pinceaux, pourraient recevoir une ligne en leur centre et devenir une représentation de la rue avec circulation dans les deux sens. Le plâtre de Paris fraîchement mélangé est gris, mais en séchant il devient blanc. Pour faire le contraire du réel, je pourrais tracer une ligne grise (la couleur de l’asphalte) sur le plâtre blanc (la couleur de la ligne). Les plaques que j’ai moulées aussi, qui recouvrent normalement les interrupteurs électriques, pourraient recevoir des lignes parallèles jaunes pour devenir des passages piétonniers. Je m’en tiendrais à une évocation élémentaire de ce type de passage, je n’ai pas l’envergure de Peter Gibson –nom d’artiste Roadsworth– qui transforme un passage pour piétons en une fermeture Éclair.

Les petites bouteilles de shampooing de format échantillon que j’ai également moulées pourraient être les personnes qui habitent la ville. Elles ressembleraient à des soldats de bois, nous dirons des soldats de la paix, bien entendu, mais sans casque bleu car la prof ne m’encourage pas à utiliser la couleur. Je ne tracerais sur mes bouteilles que des lignes minimales pour représenter les bras et je ne ferais pas de boutons car cela évoque l’idée de l’uniforme et l’uniforme, ici, évoque la guerre.

J’ai aussi moulé des chiens miniatures à partir d’un modelage de mon cru. Comme je ne suis pas assez bonne pour mouler l’animal au complet, je n’en ai moulé que la face, et encore, de profil, sans véritable troisième dimension. Le problème, ici, c’est la proportion : la face de profil à elle seule occupe un volume aussi gros qu’un seul soldat pacifique. Dans ce contexte, les chiens pourraient devenir des sculptures géantes qui participent à l’humanisation de la ville par leur dimension artistique, une sorte de touche onirique. En fin de compte, au lieu de concevoir un parcours à partir des taches du plancher, je vais construire ma ville dans une zone urbaine délimitée du grand local.

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire