Avec Yvon je suis allée visiter le site des Indignés, un peu sur le bout des pieds, j’étais intimidée. J’ai parlé avec un jeune latino, bel homme, qui semblait convaincu de camper au Square Victoria le reste de sa vie et qui parlait de l’évolution exponentielle du mouvement. Il s’exprimait au « nous » :
– Nous avons des groupes en manifestation en ce moment à Cannes à la veille du G20.
Avec deux autres Indignés, il assemblait des panneaux fournis gratuitement par IKÉA pour en faire des tipis ou des cabanes en prévision de l’hiver. J’aime l’idéalisme qui est à la base de la naissance du mouvement, j’aime que les tentes soient très collées les unes sur les autres et en même temps juste à côté des trottoirs et de la circulation. J’aime qu’il y ait une vigile la nuit pour veiller à la sécurité de cette microsociété, comme il y a d’ordinaire un bon scout qui surveille le feu la nuit pour qu’il ne meure pas pendant que le campement dort. Je voudrais aller visiter le site un soir tard avec Emma pour sentir quelle énergie s’en dégage comparativement à celle de 19 heures, quand j’y suis passée hier. Est-ce calme ou alors est-ce que tout le monde est sur le party ?
Yvon a le sens pratique et n’est pas comme moi en extase devant l’idéalisme. Passant très près des tentes il me dit :
– Ça doit baiser à longueur de journée là-dedans !
Je réponds :
– Bien pourquoi pas, s’ils ont la santé et la jeunesse pour le faire !
On continue de se promener dans les environs en parlant d’un monde meilleur et nos pas nous conduisent à la Basilique St-Patrick, un bel endroit que je ne connaissais pas. Avec un peu d’imagination, on dirait la Butte Montmartre en miniature, sans les vignes, sans les pavés, sans les dizaines de cheminées sur les toits des maisons environnantes –qui sont remplacées ici par des condos modernes–, sans les platanes, sans les lampadaires, sans les moulins à vent.
La conclusion de notre conversation, et c’est là que s’exprime l’ampleur colossale du problème de la répartition des richesses sur la planète, c’est que pour arriver à un meilleur partage de l’argent, des ressources naturelles, de l’eau et de la nourriture, pour tendre vers un capitalisme moins barbare, il faudrait que tous les peuples, tous les pays, tous les individus, tous les politiciens de tous les partis aient envie de contribuer à la création d’un nouvel équilibre mondial. Mission impossible. C’est la raison pour laquelle, en changeant de sujet, Yvon et moi, affamés, avons accéléré le pas pour nous rendre dans un restaurant de la rue Ste-Catherine.
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