J’arrive d’une rencontre avec un expert en finances pour les besoins non de ma séparation de biens en copropriété, mais de mon enquête sur l’habitat. Il se dit inquiet de la situation économique et pense que nous nous acheminons, peut-être mondialement, vers une crise majeure. Nous en avons parlé un petit peu, avant d’aborder mes questions sur les espaces, les couleurs et les volumes. Il m’a expliqué que les Grecs ont bénéficié de prêts substantiels essentiellement consentis par l’Allemagne et la France — surtout la France. Maintenant, les Grecs doivent rembourser mais ils n’en sont pas capables. Il ajoute que si les Grecs devaient quitter l’UE, ce que M. Panpandréou a présenté lui-même comme étant une éventualité, en conséquence d’un Non au référendum, ce n’est pas tant le départ de la Grèce qui va s’avérer désastreux, que l’incapacité de payer des Italiens, des Portugais et des Espagnols qui va se manifester presque instantanément, à la chaîne.
Je fais des blagues avec Ludwika, de retour dans mon bureau, je lui dis que notre pays, advenant une guerre mondiale, va nous envoyer en usine produire des boutons ou des balles de fusil, et que ma crainte est d’avoir mal au dos si je dois être debout toute la journée.
Je remarque, bien que je sois une néophyte en politique et en économie –mais une fine psychologue en matière de relations internationales–, qu’Angela et Nicolas s’y prennent bien mal pour interagir avec les Grecs. Ils s’y prennent par la force, en agresseurs impérialistes, en grande sœur et en grand frère qui donnent des leçons. C’est peut-être parce qu’ils en savent plus que nous et qu’ils ont très peur ? Ils veulent casser et punir l’impertinence des Grecs. À la télévision, devant leur micro, ils sont raides comme des clous. Ils n’ont pas encore compris que tout le monde doit désirer un nouvel équilibre et un partage équitable. Rien ne viendra par la force, par des mesures punitives, par des impositions diverses.
– Comment voulez-vous qu’ils s’y prennent ?, me demande l’expert.
Pour ne pas avoir l’air idiote, car c’est facile de critiquer mais plus difficile d’apporter des solutions nouvelles et constructives, j’ai proposé à mon interlocuteur de passer au questionnaire pour lequel je m’étais déplacée.
J’ai trouvé ce que je veux faire avec ma centaine de pinceaux, mes dizaines de plaques pour interrupteurs, ma presque centaine de petites bouteilles de shampoing et mes faces de chien. Pour faire ce que je veux faire, je dois acheter ce soir un sac de plâtre (moins gros que le premier), contrairement à ce que j’ai affirmé précédemment. Je réalise en effet que je dois mouler et plâtrer encore quelques jours pour concrétiser mon concept. Je pourrai toujours, pendant mes moulages et plâtrages, affiner ma réflexion quant à la manière dont devraient s’y prendre les pays pour régler la crise européenne. Si je ne trouve pas de solution efficace et réaliste, ce n’est pas tellement grave, j’aurai encore le temps d’y penser pendant la fabrication des boutons, ou des balles de fusil.