Jour 2089

S’il lisait le texte précédent, Jacques-Yvan dirait que je me construis des scénarios pour mieux déconstruire l’histoire d’amour que nous avons vécue. En tout cas. Je ne m’aimais pas hier, avec mon chignon et mon chandail gris, il ne me manquait que la lorgnette, assise en face de lui avec mon petit air pincé pour avoir l’air sérieux. Le cœur un peu trop battant. Mais en même temps, ce n’est pas du tout grave que je ne me sois pas aimée et qu’il m’ait trouvée madame bec sec. Au bout d’un moment, il a cru nécessaire de me faire un dessin, alors avec papier et crayon il a noirci des colonnes de chiffres devant moi, nous étions assis autour d’une petite table ronde, dans son bureau –en ordre, pas de piles de documents de trois pieds de haut comme j’en ai déjà vu dans ses bureaux antérieurs. Grâce au dessin, j’ai pu voir ses mains de très près et cela m’a fait plaisir parce que je les trouve belles. Elles sont plutôt larges, des doigts épais, mais aucune couche adipeuse. Elles ne vont pas du tout avec ses poignets fins. Il était vêtu d’une chemise bleu pâle à manches longues élégante, mais j’ai oublié de vérifier s’il portait les boutons de manchette que François, Emma et moi lui avons offerts à Noël. C’est-à-dire que c’est François qui a trouvé les boutons à la boutique du Musée des beaux-arts, il y a deux ans, Lynda les a payés, et Emmanuelle les a offerts à son père en son nom seulement. Travail d’équipe. C’est sûr que c’est facile à dire puisque je suis seule, pas d’homme dans ma vie et surtout dans mon cœur, mais s’il devait tomber gravement malade, admettons, et s’il n’avait pas maintenant une nouvelle compagne, je trouverais tout à fait normal de prendre soin de lui. Mais il ne me laisserait pas faire !

Dans les rêves qui me font vibrer d’amour, mon corps est habité par une sensation physique que je n’ai jamais connue dans ma vie éveillée. Trop belle pour être vraie, en somme. C’est-à-dire qu’elle est vraie, mais en rêve seulement. Je suis sous l’effet d’une drogue euphorisante. Des ondes de bien-être me parcourent. Je me demande si tout le monde fait ce type de rêve. Dans l’enquête que je mène sur l’habitat, je demande aux répondants s’ils rêvent en couleurs, dans leur sommeil. Plusieurs me disent ne pas s’être une seule fois souvenu d’un rêve. Ça veut dire que tout le monde ne fait pas ce type de rêve exquis, car quand on le fait on s’en souvient.

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire