Jour 2088

Cela me fatigue plus de passer mes week-ends à la campagne que de rester à Montréal. J’ai beau n’apporter presque rien, il me semble que mon séjour se résume en six mots : sors les bagages, rentre les bagages. Il faut dire que le contexte n’était pas particulièrement propice à la facilitation du repos : nous avons quitté la ville à 23h00 vendredi soir, après la sortie d’Emma, et sommes arrivées à la campagne à 00h30. Au moins, les routes n’étaient pas congestionnées ! Emmanuelle était en feu, à l’aller et au retour, elle n’a pas arrêté de chanter et de danser comme il est possible de le faire quand on est assis sur une banquette.

Papa n’est pas content que l’on soit restées, Emma et moi, un mois sans le voir et lui donner des nouvelles. Alors nous sommes allées le voir deux fois dans le même week-end. Samedi soir pour écouter le dernier film de Harry Potter, quoi d’autre quand on connaît papa. Et dimanche soir pour souper en sa compagnie avant de retourner à Montréal. Pendant le repas, en sirotant du porto blanc, je demande, mine de rien :
– J’aimerais avoir votre avis. Pensez-vous que je devrais m’inscrire à un réseau de rencontres sur Internet ?
Papa a failli s’étouffer. Emma, toujours plus posée que la moyenne des gens, m’a simplement dit :
– Tu n’aurais pas l’impression de faire comme dans Occupation Double, maman ?
– Bien, on dirait que ça fait partie des mœurs, maintenant… ai-je répondu.
Bien entendu, il n’y a rien qui me tente moins, mais je teste, juste pour voir.

J’étais tout à l’heure chez le médecin à la clinique de l’université. Comme j’allais quitter, le médecin m’a dit, à propos d’absolument rien car on n’a parlé que de la petite chose banale qui a justifié ma visite d’une minute et quart dans son cabinet :
– Vous êtes une bonne personne et vous voulez bien faire.
C’est un médecin qui lit dans le cœur des gens.
– Probablement que vous avez beaucoup donné. Maintenant, profitez, récoltez.
– Je veux bien, ai-je répondu, mais je profiterais davantage si j’avais un compagnon.
– Vous savez, mieux on est dans sa peau, moins c’est facile de rencontrer ! a-t-il répliqué.
Je ne sais pas s’il voulait m’encourager…
– Vous pensez ? Mon mari n’était pas bien dans sa peau mais je l’aimais quand même et il me plaisait vraiment.
– Votre mari devait essayer d’être bien, probablement.
C’est vrai. Chaque fois que François essayait très fort d’être bien, par exemple en énonçant des affirmations détachées qui étaient à l’antithèse de son incapacité à être détaché, je me mettais à rire. Chéri, comment as-tu fait pour m’endurer ?

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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