Je devrais utiliser ces treize derniers mois de tourments pour me convaincre d’une chose, je ne sais pas encore laquelle, une chose qui s’installerait en moi et m’aiderait à progresser. Je me demande, ça dépend des jours : aurais-je encore aimé François dans dix-huit ans ? Aurais-je été capable de transformer l’irritation qui s’installe quand il y a des heurts pour en faire quelque chose de positif qui n’altère pas l’amour ? Aurais-je eu l’intelligence et la finesse de vouloir entretenir l’amour ou aurais-je eu tendance, moi l’indomptable idéaliste, à penser que l’amour est ailleurs et qu’étant avec François je perds mon temps ? Et si je n’avais pas aimé François toute ma vie, en aurais-je été coupable ? Peut-être qu’il ne m’aurait plus aimée non plus à un moment donné ? Ou alors, renversement total vers le positivisme le plus doux : nous aurions peut-être été des amoureux heureux jusqu’à très vieux ! Je me casse la tête.
Je me perçois comme une imposteure arrivée dans la vie de François pour en repartir vite, sur le bout des pieds, constatant que je n’y étais pas à ma place. Pourtant, ce n’est pas moi qui suis partie, c’est lui ! Plutôt que de me sentir imposteure, pourquoi n’ai-je pas plutôt confiance en l’amour que nous avons ressenti, construit, entretenu ? Probablement parce que certains dans l’environnement de François auraient préféré que je n’existe pas. Mais c’est normal. C’est courant. C’est banal. C’est sans intérêt, même. Il y a quelque chose d’inacceptable dans ma manière de me percevoir : je n’ai pas confiance en mes ressources, mes beautés, mes trésors, trois éléments que chacun porte en soi mais que je bafoue puisque je ne les honore pas, je les nie, je les ignore.
Il faudrait que je me change les idées avec une personne qui m’inspire. Je pense immédiatement à Arthur, en écrivant cette dernière phrase, mais mon élan se rétracte aussitôt me rappelant que je l’ai vu récemment, toujours dans sa Jaguar bleue, accompagné d’une femme que je n’ai pas imaginé être sa sœur, sa femme de ménage, une collègue à la limite. Une femme de peau noire, à lunettes. Ils étaient à un arrêt au coin d’une rue, un matin, silencieux tous les deux et le regard vide, rien de plus normal, le matin, en auto, quand ça fait des centaines de fois qu’on fait le même trajet. Mon sourire s’est éteint quand j’ai vu la femme, il n’y a pourtant aucune raison à cela, chacun sa vie, et Arthur est déjà pas mal chanceux d’être en vie !
Je devrais avoir honte de le dire, mais ce qui m’inspire le plus, ces temps-ci, en matière de couple parce qu’il durera toujours, c’est celui d’Edward et de Bella, les héros vampires de Twilight. Je n’ai pas hâte de voir le prochain film dont la sortie est annoncée. Je vais pleurer toutes les larmes de mon corps, m’apitoyer sur la vacuité sentimentale de ma vie présente et me convaincre, je suis capable de le faire, qu’il s’agit d’une vacuité à vie, d’ailleurs je l’ai déjà écrit. Mais entre la vacuité à vie, et le tourment de n’être pas une bonne compagne aimante, qu’est-ce qui est le mieux ?