Jour 2086

Je ne sais pas si c’est le fait de m’être encore une fois étendue sur mes tourments intérieurs quant à ma capacité d’aimer un individu dans l’absolu, étendue longuement faisant ainsi sortir le méchant, il se trouve que j’ai dormi comme jamais cela m’arrive de bien dormir. J’ouvre les yeux ce matin, 6h20, incroyable. On dirait même que je n’ai pas bougé de la nuit.

Dans la soirée qui a précédé ce sommeil de loir, j’ai rencontré une artiste très belle, dans son atelier. Toujours pour mon enquête. Elle m’a donné l’heure juste quant à mes questions :
– On dirait, m’a-t-elle dit au bout d’un moment, que tu veux obtenir une réponse en particulier. Tu nous mitrailles de sous-questions jusqu’à ce que tu arrives à tes fins. On ne sait pas ce que tu veux savoir, au juste. Tu nous laisses dans le vague, tu nous poses des questions qui ne sont pas suffisamment circonscrites.

C’est vrai. Je ne suis pas à la recherche d’une information précise en particulier, je laisse plutôt les gens réfléchir tout haut. C’est justement cette réflexion non préparée qui me permet de savoir de quelle manière les gens réagissent à leur environnement, de quelle manière ils réagissent aux propositions farfelues que je leur propose, de quelle manière leur univers mental fonctionne à travers les mots qu’ils prononcent, les tournures interrogatives, les silences, les interruptions en milieu de phrases… Je n’ai pas été démolie par les constats de l’artiste, mais plutôt stimulée.

J’ai poursuivi dans la même veine incompétente de l’enquêteure amateure que je suis et, arrivée à ma dernière question qui est la suivante : Quelle question auriez-vous aimé vous faire poser ? la belle artiste m’a souhaité bonne chance pour l’interprétation des réponses, en suggérant que j’obtiendrais d’aussi bons résultats si je lisais dans des feuilles de thé !

L’une de mes questions soumet le choix suivant à mes répondants : amener des collaborateurs dans un restaurant banal dont la nourriture est excellente, ou amener des collaborateurs dans un endroit très inspirant architecturalement, dont la nourriture n’est pas bonne. Quand un de mes répondants s’est exclamé qu’il était hors de question qu’il expose ses invités à une nourriture épouvantable, j’ai éclaté de rire. Dans ma compréhension des choses, ce répondant est hypersensible et sa sensibilité l’amène à craindre le pire. À l’inverse, un répondant flegmatique répète simplement Restaurant banal et attend la question suivante.

C’est là qu’arrivent mes sous-questions. Pour tester le degré de flegme de la personne, je propose des cas de figure impossibles : la réponse serait-elle la même avec un restaurant banal au sommet d’une falaise difficile d’accès, au fond d’un ravin avec possibilité de chute de pierres en cours de route ? Eh bien, les flegmatiques me répondent, parfois avec un haussement de sourcil perplexe mais sans plus, qu’ils ont l’habitude de voyager sac-au-dos, se contentant de peu, et advienne que pourra.

Je n’en reviens pas à quel point les gens sont généreux et répondent de bonne grâce à mes folies. Je n’en reviens pas non plus que l’on dise de mes questions qu’elles sont intéressantes et qu’il s’agit d’une enquête inusitée ! Je vais avoir un énorme travail de classement à faire pendant les vacances de Noël –je ne vois pas comment je pourrais avoir le temps avant : 20 questions X 40 répondants, cela fait quand même 800 réponses…

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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