C’est l’histoire de mon amie au parfum Oscar –elle m’a d’ailleurs donné encore une petite bouteille . Elle me dit, cela fait déjà deux ou trois semaines :
– Je vais te mettre en contact avec un homme, il est libre et cherche une compagne.
Nous entrons en contact lui et moi par courriel. Au bout de quelques courriels, il m’écrit qu’il n’est pas en mesure de me rencontrer pour le moment. Je lui demande, toujours par courriel, s’il prévoit qu’il s’agira d’un moment court ou moins court. Alors il me répond que, dans le fond, il a rencontré quelqu’une, qu’il est bien désolé, et il me souhaite toutes les chances du monde. Je lui souhaite bonne chance aussi avec sa nouvelle conquête, en courriel de conclusion, et l’histoire se termine là. Il faut bien accepter les règles du jeu du magasinage, quand même.
Voici ce qui est amusant : ce midi, avec Oscarine, je vais manger à la cafétéria des HEC et, tout d’un coup, le regard de mon amie change, elle m’annonce qu’il y a un homme qui se cherche une table et qu’il serait préférable qu’il ne vienne pas dans notre zone. Je lui donne mon porte-document pour qu’elle se cache le visage dedans, et, une table se libérant pas très loin, l’homme va s’y asseoir. C’est lui, évidemment. Je lui fais dos et je n’essaie même pas de me retourner, mais au bout d’un moment la curiosité l’emporte et je décide de changer de place pour lui faire face et l’épier discrètement. Or, c’est justement au moment où je me lève qu’il se lève aussi pour venir saluer Oscarine, et probablement évaluer l’occasion –à savoir ma personne– qu’il a laissé passer.
Pour mal faire, et comme d’habitude, je suis mal habillée. Je porte mes bottes de marche Merrell idéales pour la promenade en forêt mais pas trop élégantes dans un contexte urbain. Des chaussettes de laine me protègent les mollets par-dessus mes jeans skinny, après tout, c’est la première journée de neige de l’hiver, il faut se protéger du froid.
L’homme se rappelle de mon prénom et me salue en me tendant la main. Il s’asseoit même à notre table un petit moment et je constate qu’il a de grands yeux bleus expressifs et une voix grave qui me plaît. Meilleure chance la prochaine fois, Lynda.
C’est drôle que cette rencontre ait lieu à un moment où, pour une fois, je ne pense pas aux hommes. Je pense à mon éditeur, à mon projet de sculpture mandala, à mon enquête sur l’habitat qui est en train de devenir un dossier énorme, à d’autres petites autres choses aussi, mais pas du tout aux hommes.
Ping : Jour 1 868 | Les productions Badouz