Demain 8 septembre, cela fera onze mois que François est décédé. Cette nuit, nous avons fait de la voiture ensemble, par monts et par vaux dans une campagne verdoyante. Au bout d’un moment, François se retrouvait seul au volant et roulait à toute allure. Mes sentiments me déchiraient : j’étais heureuse qu’il ait encore la force et le désir de conduire, de partir à l’aventure, d’être autonome, d’être fidèle à lui-même qui a longtemps conduit dangereusement et, en même temps, je craignais qu’il ait un accident qui mette fin à ses jours, alors que j’espérais en compter encore quelques-uns avec lui. Il était effectivement très malade dans mon rêve et le seul fait de pouvoir bouger relevait du miracle. Je partais à sa recherche et je me retrouvais sans surprise dans un hôpital, demandant aux gens que je croisais :
– Avez-vous vu mon mari ?
Un couple de personnes âgées –mais en pleine forme– m’indiquait qu’il était dans la salle de bains où il se reposait dans une baignoire remplie à ras bord. Lorsque je m’agenouillais pour m’approcher de lui, il me disait :
– C’était peut-être agréable, mais sans toi ça ne valait pas la peine.
Dans ce rêve, comme dans la réalité, je ne peux pas recevoir de si belles paroles. Je n’arrive pas à croire en la sincérité de la personne qui les prononce. Je ressens plutôt que l’émetteur se trompe et qu’il va bientôt découvrir qu’il n’aurait pas dû dire ce qu’il a dit.
Le texte d’hier s’est écrit lui-même, sans pratiquement mon intervention. Ce sont les mots qui m’ont portée. Je suis partie du papa d’Emma, en passant par le premier amoureux, pour aboutir à un constat majeur : c’est en n’attendant rien, c’est en vivant le présent sans rien anticiper que je serai le mieux disposée à recevoir l’amour, s’il se présente. C’est pas mal d’arriver à ce constat en ne faisant rien d’autre qu’oublier que les doigts sont en train de taper sur mon clavier. Tout le monde sait qu’il faut vivre dans le présent et profiter de chaque minute, mais c’est facile de se comporter de manière exactement contraire. Ainsi ce midi, et bien qu’encore toute imprégnée de la révélation d’hier, j’ai fait des courses avec un ami, homme. Je me suis sentie légère, joyeuse, badine comme lorsque j’étais avec François (passé), ou comme je serai peut-être auprès d’un compagnon que je ne connais pas encore (futur).