J’ai oublié de préciser que le vendredi, jusqu’à Noël, je suis en congé. Je travaille quatre jours par semaine. J’ai ainsi plus de temps pour faire les devoirs qui sont requis dans mon cours Sculpture 2. C’est un postulat bien théorique étant donné qu’aujourd’hui, vendredi, j’ai occupé mon temps à peindre un mur de couleur Pelure de tomate. J’ai utilisé le litre de peinture acrylique qui est resté presque non entamé une fois que j’ai eu fini mon aménagement de roches cet été à la campagne.
Nous avons reçu le syllabus du cours la semaine dernière. Nous commencions le premier projet hier. Il faut concevoir un habitacle qui tient entre ciel et terre. Qu’est-ce qu’un habitacle, me suis-je aussitôt demandé. Au fur et à mesure des explications de la prof, j’ai compris qu’il s’agit d’un lieu fermé où on peut entrer –pour se protéger– sans forcément se tenir debout, mais il peut s’agir d’un grand habitacle qui peut recevoir plusieurs personnes debout. On a le droit de recourir aux pilotis, ou d’inventer des suspensions à partir d’une structure existante, ou de tracer les plans d’une cabane qui serait construite dans un arbre, entre autres possibilités. Bien entendu, on ne construit pas à l’échelle humaine, on se contente d’une maquette en trois dimensions. J’ai tout de suite pensé à un bateau. Ni terre, ni air, mais eau. J’ai demandé à la prof, en catimini dans l’oreille, si je pouvais faire un bateau. En chuchotant, elle a répondu :
– Oui, en autant qu’il soit sur l’eau.
Et elle s’est retournée vers l’étudiante avec laquelle elle parlait.
Sans plus tarder, j’ai tenté de donner forme à une coque en utilisant un long fil d’acier que j’ai entortillé sur lui-même –en regrettant de ne pas avoir de gants. Cette semaine, je vais essayer de doter ma coque métallique d’une quille qui permettra au bateau de se maintenir en équilibre, ne sombrant ni à bâbord, ni à tribord. On voit là tout le vocabulaire que j’ai acquis au cours de mes sept années de navigation avec le père de ma fille sur son voilier.