Jour 2124

Mon projet de bateau sur l’eau ne donne rien de bon pour l’instant. Il faut quand même avoir des connaissances techniques pour installer une quille sous une coque et obtenir un bel équilibre, alors je pense m’orienter vers un ponton, mais des découvertes dans les bacs de récupération ici et là sur ma route pourraient peut-être m’aiguiller vers autre chose.

J’ai rencontré mon premier répondant ce matin avant le travail, pour mon enquête sur l’habitat. Comme il est daltonien, il m’a répondu que sa couleur préférée est le blanc, vestimentairement, qui l’exempte d’avoir l’air fou.

Pendant ce temps, j’ai négligé Arthur. Il va penser que je fais l’indépendante pour me faire désirer, ce qui est vrai disons à 20%. Dans la voiture, je lui ai dit qu’il se moquait de moi par rapport à mon pantalon trop court et il s’est mis à rire. Il a tourné son visage dans ma direction et j’ai trouvé que ses yeux riaient davantage que son grand sourire étincelant.
– J’étais en traitement à l’Hôpital général juif en même temps que votre mari, m’a-t-il dit en ne riant plus. Mais j’étais traité dans la nouvelle aile de l’édifice, et vous l’étiez dans l’ancienne. J’ai tout de suite remarqué le vous inclusif, comme si j’avais été malade en même temps que François, mais c’est normal qu’il l’ait utilisé car nous étions tout le temps ensemble. Je n’ai pas raté un seul de ses traitements, un seul de ses rendez-vous. Bizarre que je n’aie jamais remarqué Arthur mais, en même temps, pas tellement bizarre. Avoir une relation avec François, rien que cela, c’était une occupation à temps plein, alors imaginez avoir une relation avec François atteint d’un cancer.
– Je vous ai vu vous tenir la main, vous embrasser, et même danser dans le corridor !
Je me suis dit qu’effectivement, François et moi, on était peut-être un peu faciles à remarquer ! Je me suis dit aussi qu’il est agréable de faire la connaissance de quelqu’un sans parler beaucoup, car depuis le début de notre rencontre, je l’avais davantage observé que je n’avais parlé.
– J’imagine que vous avez maigri ? ai-je demandé, en étudiant de haut en bas son physique qui n’a rien de squelettique.
– Un peu, a-t-il répondu. Un peu.
Nous étions devant mon pavillon, à l’université, il avait le bras sur le volant de sa Jaguar et me regardait à nouveau. J’ai adoré la fin : nous nous sommes quittés sur un simple Au revoir de ma part, auquel il a répondu en français avec un très fort accent. Il savait que François ne s’en était pas sorti, et il a eu la délicatesse de ne pas en parler.

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire