Ce matin je suis très occupée à être vivante. En venant travailler, j’ai rencontré le tailleur Alfredo, échange de quelques mots :
– Salut Lyndâ,
avec un â bien circonflexe.
Je suis passée au guichet automatique payer des comptes.
Je porte de nouvelles chaussures achetées au rayon des garçons, à la Baie, je pense avoir enfin trouvé le style que je cherchais depuis longtemps.
Mais ce que je veux exprimer surtout est ceci : à mon cours hier soir, la prof salue l’originalité de la maquette avec savon et condoms. Elle ajoute que ça suffit, j’ai trouvé l’astuce pour répondre à la consigne « entre ciel et terre ».
– Maintenant, tu peux te lancer dans la poésie. Que veux-tu faire flotter sur ton radeau ? me demande-t-elle pour préciser la notion de poésie.
Instantanément, dans ma tête, j’entends « mon cœur ». Mes yeux se remplissent d’eau. La prof, qui est un peu au courant des événements de ma vie, et voyant le regard me changer, ajoute :
– Je n’aimerais tellement pas vivre ce que tu vis, Lynda.
Alors je me mets à brailler.
Une étudiante que je trouve sympathique quitte du regard, au même moment, la pâte qu’elle était en train de modeler. Son regard exprime une surprise non feinte quand elle découvre que je pleure, d’une manière si amusante, si inattendue, que cela m’aide à rapidement sécher mes larmes.
Au programme, donc, cette semaine, je vais essayer de trouver un rapport entre mon cœur tendre et mon radeau sur l’eau.