Jour 2116

Il n’empêche que j’ai une fois de plus rêvé aux prémices de la vie, cette fois-ci avec le père d’Emmanuelle. Quand nous nous sommes connus au début des années quatre-vingt-dix, notre relation était tellement passionnée, intense, en survoltage permanent, que mes réactions étaient en dents de scie. Il suffisait que Jacques-Yvan dise un mot qui ne faisait pas mon affaire pour que mon humeur change du tout au tout en moins d’un quart de seconde. Il a commencé à penser que je souffrais de cyclothymie. Je me souviens d’un mot qui n’avait pas fait mon affaire, en fait c’était une longue phrase qui déclinait tous ses engagements avant de nommer le jour où je le verrais enfin ! Ouille ! La vaisselle –nous étions dans la cuisine– avait bien failli y passer ! Encore une fois, le contraste est énorme avec la tranquillité de maintenant : pas même une mini-ride sur l’eau étale du grand fleuve. Toujours est-il que, dans mon rêve, Jacques-Yvan revenait à cette hypothèse de la maladie bipolaire mais je ne me rappelle plus du reste, je pense d’ailleurs que mon réveil a sonné.

Comme je ne travaille pas ce matin, j’aurais bien aimé rester au lit. Mais je n’ai pas vu ma fille hier soir à cause de mon cours –les édifices ont pris du volume, cependant les pailles ne sont plus à la verticale mais dangereusement inclinées. Alors, je me suis levée pour la gâter. Cela consiste en très peu de choses : Emmanuelle s’assoit au bout du comptoir où elle s’assoit tout le temps et elle continue plus ou moins son sommeil, pendant que je prépare le petit déjeuner et le lunch. Emmanuelle, capable d’articuler au bout d’un moment, me dit en souriant et en me regardant tendrement que je suis la meilleure maman du monde. Cela suffit à me faire oublier l’inébranlable tranquillité du fleuve immobile.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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