Je rencontre une jeune fille qui porte des ballerines noires mais différentes l’une de l’autre. Je lui dis en la croisant que son agencement est joli. Elle regarde ses pieds, voyant, à mon regard, que ce sont de ses pieds dont je parle. Elle lance un cri. Mince alors, elle n’avait pas remarqué qu’elle portait des chaussures différentes. Je voulais saluer son audace et sa fantaisie, mais j’ai peut-être gâché sa journée !
En ajustant ce matin mes fichiers PDF auxquels j’avais oublié d’insérer un lien pour la production d’un document, j’ai eu une révélation qui va peut-être transformer ma vie. Je me perçois, depuis le décès de François, et aussi parce que je suis à l’origine de ma séparation avec le papa de ma fille, je me perçois comme une compagne qui n’est pas capable d’entretenir à long terme une relation amoureuse. Ce serait trop compliqué de détailler ici, en ce moment, tous les éléments qui m’incitent à me percevoir de cette manière négative. Mais disons que survivre à un décès n’est pas chose facile et il peut se créer toutes sortes de liens dans la tête de la personne survivante. Ma révélation consiste à penser, et peut-être même à sentir, que je suis autant capable qu’une autre compagne d’être bonne et aimante à long terme, malgré les différends, les heurts, les difficultés.
Le moment que j’ai préféré dans Café de Flore, pour lequel je retournerais voir le film une troisième fois, c’est lorsque Laurent trisomique voit pour la première fois Véronique trisomique. Instantanément ils s’enlacent et se regardent longuement, leurs regards sont extraordinaires, eux aussi ont une révélation à cet instant précis. Ils se sourient et se demandent mutuellement :
– Comment tu t’appelles ?
À partir de là, autant ça se met à aller bien dans la vie de Laurent, autant ça se met à aller mal dans celle de la maman.
Le concessionnaire automobile m’a fait un cours sur les véhicules, plus précisément sur les entreprises qui les vendent. On pense que chacune veut s’attribuer la part de marché de l’autre et se comporte en requin redoutable. Pas du tout. Les fabricants automobiles constituent une grande famille solidaire et ne dérogent pas aux liens très forts qui les unissent : tous les modèles équivalents d’une même catégorie, peu importe la compagnie, sont au même prix. Point final. Dans le fond, c’était pas mal naïf de penser m’en sortir avec un modèle qui, par magie, n’aurait pas obéi à cette loi implacable.